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Le site Néolithique et médiéval de Pierre-Blanche (Dournazac, Haute-Vienne)

Résultats des sondages

 

Par Patrice CONTE et Michel DESGRANGES

avec les contributions de François GAUTHIER et Christian VALLET

Extrait du

Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin
Tome CXXI, 1993.

 

 

La fouille de Pierre-Blanche s’inscrit dans le cadre d’une recherche menée sur le thème des habitats ruraux médiévaux et l’occupation du sol dans le S.-O. de la Haute-Vienne et le N. du Périgord1, en portant en particulier sur les sites définis par la présence d’un souterrain, type de site relativement fréquent dans la région considérée2. Cette opération a été menée conjointement à celle réalisée sur le site de Chadalais, commune de Maisonnais-sur-Tardoire (Haute-Vienne) entre 1983 et 19853.

Ces fouilles font suite au sauvetage du site d’habitat de Beaulieu, dans la proche commune de Pensol, site où un ensemble formé d’une cavité souterraine médiévale et de structures d’habitat de surface médiévales et modernes a été étudié4.

Situation.

Le site archéologique de Pierre-Blanche se développe sur le flanc S.-O. d’une colline à proximité des hameaux de Pierre-Blanche et Bussière-Montbrun (Dournazac), au cœur de la région des « Monts de Châlus »5 (fig. 1 et 2). Connue par la tradition orale dès le XIXe siècle la cavité de Pierre-Blanche était réputée être formée d’un réseau de plusieurs salles reliées par des galeries, la dernière salle comportant un « lavoir »6. Avant fouille la présence du souterrain était attestée par une vaste dépression au sol d’environ 3 m de profondeur et de côté. Aucun autre vestige n’était, repérable avant fouille autour de cette fosse. Géologiquement, le site est inscrit dans une zone à substrat métamorphique de contact orthogneiss – paragneiss – micaschiste. Le souterrain est creusé dans un orthogneiss (leptynites) très altéré et riche en quartz blanc7.

 

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Fig. 1 - Le site de Pierre-Blanche, commune de Dournazac, carte de situation.

 

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Fig. 2 - Le site de Pierre-Blanche - 1 : site néolithique et médiéval de Pierre-Blanche. 2 : cavité médièvale de : "La Bussière-Montbrun". 3 : site gallo-romain des "Couvents" (villa). 4 : site gallo-romain du "Grand-Puyconnieux" (fanum?).

 

Stratégie de fouille.

L’expérience acquise précédemment sur le site de Beaulieu encourageait à mener un examen conjoint des structures souterraines et de la surface. S’inscrivant dans le cadre d’un simple sondage de superficie limitée il convenait d’opérer un choix des zones à fouiller (fig. 3 et 4). On a donc orienté l’intervention autour de cinq secteurs : trois d’entre eux portent sur la cavité (secteurs 1 à 3), deux concernent la surface (secteurs 4 et 5)8. L’absence d’anomalies de terrain ou de vestiges matériels de surface ne permettant pas d’implanter les secteurs de surface en fonction de critères directement archéologiques, on a utilisé les données acquises lors de prospections géophysiques pour pallier ce manque d’information9. Concernant, la cavité, aucun réseau n’étant perceptible avant travaux, c’est, par la fouille du secteur englobant la dépression visible en surface que l’on a pu accéder au souterrain. Un sondage a été effectué au contact du renforcement F de la galerie E (secteur 2) et à l’extrémité de cette galerie (secteur 3). Un ultime sondage a été envisagé dans l’une des deux salles (J ou K) mais l’état particulièrement instable de la voûte et des parois nous a amené, pour d’évidentes raisons de sécurité, à abandonner ce projet.
 

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Fig. 3 - Prospections - carré : emplacement du site (fouille) ; parcelles hachurées : parcelles prospectées ayant livré un matériel lithique ; parcelles hachurées (hachures croisées) : parcelles prospectées (labour) n'ayant pas livré de matériel lithique.

 

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Fig. 4 - Plan général du site et emplacement des zones fouillées. Les flèches indiquent la position des stratigraphies (fig. 6).

 

 

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Fig. 5 - Plan de la cavité de Pierre-Blanche. - a : emplacement des secteurs souterrains fouillés ; b : limites de parois (conservées) ; c : limites de parois (altérées) ; d : décrochement ; e : blocage de pierres ; f : zones remblayées ; g : pendage des remblais.

 

La description de l’architecture de la cavité sera réduite à la présentation des parties hors-comblement, c’est-à-dire des seules élévations visibles, sauf dans le cas où la fouille a permis le dégagement complet de la structure. L’interprétation des faits archéologiques enregistrés en cours de fouille devra en tenir compte.

 

1 - PIERRE-BLANCHE, LA CAVITÉ (secteur 1, 2 et 3) (fig.5).

1-1. – Secteur 1 :

structures A et B. Unique témoin évoquant la présence d’une cavité, la vaste dépression en surface constituant la partie supérieure du secteur 1 a été étudiée prioritairement. Les deux tiers de la surface potentiellement fouillable révèlent le plan d’une salle de forme ovale (salle A : L 5m, l max. 2,5m ; prof. du sol/à la surface 4,80 m). La salle A est prolongée au S. par une courte galerie (B) débouchant sur une zone distribuant les autres parties de la cavité (secteur C). Seuls éléments architecturaux visibles dans ce secteur : une alvéole pariétale (élt 1 ; diam. 0,20 m, prof. 0,15 m) et un conduit cylindrique sub-horizontal (élt. 2 ; diam 0,20 m, prof. 0,50 m).

Plusieurs stratigraphies permettent de restituer les étapes de formation du comblement du secteur et de restituer la chronologie relative des faits archéologiques (fig. 6) :

 

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Fig. 6 - Stratigraphies. La localisation des secteurs est indiquée et renvoie aux figures 4 et 5.


Séquence 1 : Creusement de la cavité : élaboration de la salle A à partir de la galerie B puis aménagement des éléments pariétaux 1 et 2.

Séquence 2 : Couche 154 : terre végétale brune, peu épaisse (0,15 m), présence de nombreux micro-charbons de bois. Absence de mobilier archéologique. Cette séquence traduit l’apport de particules venant de la surface, elle caractérise une phase d’occupation de la cavité juste après son creusement.

Séquence 3 : Effondrement de la voûte de la salle A et d’une partie de la galerie B. Cette séquence est matérialisée par la présence de deux importantes couches d’altérite (144 et 153) d’une puissance totale d’environ 1 m.

Séquence 4 : Plusieurs dépôts reposent sur la couche 153. 134 : niveau détritique composé de quelques fragments de céramique médiévale, d’un cadavre d’animal et de pierres. 129 : amas de pierres (gneiss, micashistes et quartz blanc), sans organisation volontaire apparente ; toutefois, la présence de tels blocs au sein de ce comblement n’est pas explicable par l’effondrement du substrat. L’hypothèse d’une structure de surface entraînée par l’effondrement de la voûte de la salle A ne paraît pas plus recevable : les blocs auraient été dispersés, à la fois dans le plan horizontal et verticalement à l'intérieur d’une couche de sédiments, ce qui n’est pas le cas.

L’hypothèse que nous retenons est la constitution d’un « amas inorganisé » par rejet de blocs depuis la surface. 132/151 : terre végétale et ossements d’animaux10. Ces trois contextes stratigraphiques forment une séquence de réutilisation de la cavité effondrée à des fins de dépotoir.

Séquence 5 : Reprise de l’altération des parois et comblement naturel progressif de la cavité, marqués par une succession de couches d’altérite et de terre végétale, correspondant à des effondrements localisés des restes de voûte et de parois du souterrain, qui s’organisent désormais dans la vaste cuvette que forme la salle effondrée A (couches : 128, 169, 152/168).

Séquence 6 : Une fosse est creusée dans les comblements supérieurs de cette cuvette et perturbe sur plus d’un mètre de profondeur les remblais anciens. Cette fosse est d’origine récente et correspond à une utilisation de cache par un groupe de Résistants à la fin de la Deuxième Guerre mondiale11.Son utilisation a été de courte durée, elle a été comblée rapidement (couche 106).

Séquence 7 : Abandon complet du site. Dépôts humifères (101/102).

Les séquences stratigraphiques peuvent être alors regroupées en trois phases principales (fig. 7) :

 

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Fig. 7 - Diagramme stratigraphique du comblement de la salle A.

 


1-2. – Secteur 2 :

structures E et F (fig. 6). La fouille du secteur 1 ayant permis l’accès au réseau souterrain fossile, un deuxième sondage a été réalisé sur un nouveau type de structure : la galerie E et son renforcement F. Le sondage, d’une superficie d’environ 1 m, a révélé une succession de couches d’altérite, de terre végétale et de couches « mixtes » d’un mélange de terre et sable altéritique. Aucun vestige mobilier n’a été découvert dans ce secteur. L’organisation stratigraphique témoigne d’une unique phase d’abandon, aucune trace d’occupation n’est apparue, à l’exception des structures excavées. Les couches 159, 160 et 162 correspondent à des effondrements des voûtes et des parois, les couches 161, 163 et 164 à des remblais d’infiltration provenant de la condamnation de l’extrémité orientale de la galerie E. Deux alvéoles pariétales ont été découvertes dans ce secteur (éléments 4 et 5 ; diam. 0,15 m ; prof.0,10 m).

 

1-3. – Secteur 3 :

Extrémité orientale de la galerie E. La présence d’une galerie « remontante » E pouvant révéler la proximité d’un accès à la cavité, un sondage a été établi en surface dans ce secteur afin de reconnaître les comblements et de confirmer ou infirmer l’hypothèse d’une zone d’accès à cet endroit. Les travaux ont révélé une continuité du développement de E vers l’Est par une tranchée ouverte en surface (G). La stratigraphie témoigne de plusieurs événements :

A la base de G, un blocage de pierres de grandes dimensions obstrue l’extrémité de E (élt. 7).

Cet appareil est fossilisé par un comblement volontaire formé de pierres et d’un mélange de terre et d’altérite (couches 150, 149 et 148).

Cette séquence d’abandon est suivie par la couche 147 (terre végétale sombre pigmentée de nombreux fragments de charbon de bois). 147 pourrait représenter les traces d’une occupation de surface après condamnation de l’unité E-G. Aucun mobilier n’ayant été recueilli dans ce secteur il est délicat d’en préciser la datation.

Une couche de remblai (136), puis l’humus (135), marquent l’abandon définitif de l’occupation du site.

 

1-4. – Orientation structurale du souterrain (fig. 8) :

Les secteurs totalement explorés restent, au terme de la fouille de la cavité, peu nombreux et ne couvrent qu’une faible superficie des surfaces archéologiques. La restitution architecturale et structurale du réseau originel reste donc largement conjecturale, de nombreux éléments pouvant être masqués par une quantité importante de matériaux de comblement. Il est cependant possible de distinguer cinq ensembles structuraux et de proposer une hypothèse de mode de creusement :

 

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Fig. 8 - Organisation structurale du souterrain - Hypothèse : a : accès de creusement en tranchée ; b: accès de creusement en puits ; c : sens probable du creusement ; d : limites entre les unités structurales.

 


Unités structurales :

Unité I : Accès en pente G, galerie coudée E à laquelle est annexé le renforcement F (E = L : 11 m, l : environ 1 m).

Eléments annexes :

alvéoles pariétales 4 et b, l’élément 4 équipe l’une des parois de F ;

encoche dans la voûte au contact E/G : élément 6. Le pendage de la voûte de E s’organise régulièrement depuis G vers C.

Unité II : Galerie D, qui se développe vers le S. et change plusieurs fois de direction. Son comblement est très important et va croissant vers le S., où la hauteur sous voûte n’excède pas 0,40 m jusqu’à obturer totalement l’élément D. A la différence de la voûte de E à profil en berceau, la voûte de D est sub-horizontale (Long. D : 6,50 m).

Unité III : L’unité III est formée par deux salles (J et L) reliées entre elles par le passage K et à l’unité V par le passage H. L’extrémité S. de la salle L se poursuit par un étroit conduit qui s’achève par un blocage de pierre partiellement effondré (M). L’état de conservation des voûtes et des parois de l’ensemble J-L est particulièrement mauvais, le tracé topographié n’est pas représentatif des limites originelles des structures. « L’image » obtenue est celle d’un surhaussement de la cavité primaire. Il est probable que les parties basses de Jet L soient conservées sous l’épais remblai d’origine altéritique qui occupe ces deux salles. Aucun élément annexe n’a été repéré, ce qui peut être dû soit, à l’érosion du substrat des parois qui les a fait disparaître, soit à leur fossilisation par les couches d’altérite, soit enfin à leur absence initiale.

Unité IV : Salle A et galerie B (cf. supra).

Unité V : L’unité V est formée par l’intersection commune aux quatre unités constitutives de la cavité. C’est une zone de distribution entre les ensembles structuraux. Seule une alvéole pariétale (elt. 3) équipe la paroi de C.

On proposera comme hypothèse le schéma de creusement suivant :

Elaboration de la cavité à partir de trois accès : un accès en tranchée (G) permettant le creusement de l’unité I, un accès probable à l’extrémité S.-E. de la galerie D permettant le creusement de l’unité II, un accès probable en puits dans la zone M permettant le creusement des salles J et L. L’hypothèse d’un puits vertical de creusement en M repose essentiellement sur la comparaison que l’on peut établir avec le site de Beaulieu et quelques autres sites limousins12, où la présence des blocs obturant un passage associé à une salle atteste la présence d’un puits vertical comblé.

L’unité V, pour laquelle la fouille n’a pas reconnu d’accès de creusement en puits ou tranchée, a été élaborée depuis l’élément C (unité V).

 

1-b. – La céramique :

Les quelques tessons recueillis proviennent essentiellement des niveaux associés aux ossements dans la salle effondrée A (couche 134 : n° l et 2, fig. 9), les deux autres tessons provenant de la surface : sur la couche 125 du secteur 5 (n° 4, fig. 9) et des remblais supérieurs pour le n° 3 (fig. 9). La pièce 1 est un fragment de pot en céramique à pâte beige, tourné, muni d’une lèvre étirée et aplatie. Une amorce d’anse est perceptible sur le fragment conservé. La pièce 2 correspond à un fragment de bec verseur ponté en pâte orange. Ces deux pièces s’inscrivent dans une datation médiévale. Les fragments 3 et 4 sont de trop petite taille pour proposer une datation, ils peuvent cependant être aussi d’origine médiévale.

 

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Fig. 9 - Pierre-Blanche : mobilier céramique.

 

 

2 – LE GISEMENT DE SURFACE.

Nulle trace ne permettant, avant fouille, de déceler l’éventuelle présence de vestiges archéologiques en surface, c’est par l’analyse des cartographies géophysiques issues des prospections que l’on a fixé les limites de deux sondages d’ampleur limitée.

 

2-1. – Secteur 4 (fig. 6 et 10).

Etabli sur une anomalie de faible résistivité électrique, le sondage a livré une fosse circulaire peu profonde (0,40 m) aux parois évasées (fosse 138). Son remplissage est peu différencié, composé de sédiment brun-rouge homogène à granulométrie fine (couche 121). Un grand nombre de blocs de quartz blanc reposent sur le substrat à l’O. de la fosse 138. Si aucune structure construite n’est décelable, la présence de ces blocs peut résulter d’une action humaine. Le matériel archéologique découvert dans la couche 121 et autour de la fosse dans la couche supérieure 156 est représenté par plusieurs silex.

 

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Fig. 10 - Plan du secteur 4. En haut, à droite : la fosse 138.

 


2-2. – Secteur 5 (fig. 6).

Le secteur 5 a été implanté au N. de la cavité sur une zone de maxima de susceptibilité magnétique apparente. Il a révélé une stratigraphie d’occupation et une fosse peu profonde dans la partie droite du sondage. La couche 146 occupe le fond de cette dépression ; elle est formée d’une matrice de sable fin de couleur orangée. Quelques micro-charbons de bois pigmentent ce niveau très compact où l’on a trouvé un silex. 145 et 125 présentent des caractéristiques similaires à la couche 146 ; 125 est toutefois moins compacte. Un tesson de céramique tournée, de petite dimension, a été découvert à la surface de 125 ; 124 forme une petite lentille cendreuse d’une vingtaine de centimètres de diamètre.

L’interprétation de ces vestiges repose sur peu d’éléments. La dépression au sol et les couches associées (146, 145 et 125) sont incontestablement d’origine humaine, le mobilier archéologique, bien que rare, l’atteste sans aucun doute. Peut-être s’agit-il d’une partie d’une structure de combustion, comme le laisse supposer l’aspect rubéfié les couches 146 et 145. La présence d’un objet lithique à la base de 146 laisse envisager une datation similaire aux témoins du secteur 12.

 

2-3. – Le gisement préhistorique.

La datation proposée pour les secteurs 4 et 5 se trouve renforcée par les résultats des prospections effectuées en surface. Ces collectes se sont avérées positives pour les parcelles situées en contre-haut du site, vers le N., où ont été recueillis d’assez nombreux objets lithiques. En revanche, vers le S., deux parcelles labourées n’en ont livré aucun (fig. 3). Ces données et les informations livrées par la fouille invitent à situer le gisement préhistorique au N. de la cavité, sur le flanc S. de la colline de Pierre-Blanche. Les vestiges repérés par la fouille seraient alors situés à la périphérie du gisement. Celui-ci pourrait être un habitat, mais les traces en sont trop ténues pour qu’on puisse le caractériser avec plus de précision dans l’état actuel des recherches.

 

2-4. – Le matériel lithique (fig. 11).

Il provient des prospections et des sondages. Ses caractéristiques l’apparentent à la période néolithique.

P : indique une découverte en prospection, F : une origine en fouille : éclats (40,P), éclats retouchés (5,P et 5,F), éclats brûlés (3,P), éclats à coche (2,P), pièce esquillée (1,P), nucléi (2,P), talon de lame (1,P), divers (1,P), outils (8,P) (fig. 11).

 

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Fig. 11 - Matériel lithique. 1 : lame retouchée ; 2 : fragment de lame retouchée ; 3 : racloir double ; 4 : lamelle retouchée avec cortex; 5 : grattoir ; 6 : grattoir à coche ; 7 : lamelle à toncature oblique ; 8 : pièce à coche.


Les fragments de quartz présents dans le secteur 4 ont été prélevés et seront examinés afin de savoir si certains portent des traces de débitage.

 

 

3 – SYNTHÈSE DES DONNÉES ARCHÉOLOGIQUES.

 

Pierre-Blanche : un souterrain médiéval établi sur un ancien habitat préhistorique ? L’opération de fouille a permis de lever un certain nombre d’incertitudes concernant la cavité : d’abord la présence d’un souterrain est attestée, ce qui n’était pas le cas avant, travaux, l’effondrement visible pouvant correspondre à d’autres types d’excavation13. Ensuite les travaux nous ont permis de mesurer la validité d’une tradition orale. L’existence de la cavité, évoquée dans la tradition s’avère confirmée ; en revanche certains détails (présence d’un lavoir, direction du réseau) ne correspondent à aucune réalité concrète. Si la vérification de cette tradition n’est pas d’un grand intérêt pour l’étude du site, elle est utile dans le cadre de la prospection de sites où les témoignages oraux peuvent livrer des informations à condition de pouvoir mesurer leur degré de fiabilité.

La présence d’une cavité est donc archéologiquement attestée par les travaux de sondages. Toutefois l’histoire du site ne nous est que très partiellement connue. La faible superficie des zones fouillées, le peu de témoins suffisamment caractéristiques pour préciser les modes d’occupation et de datation de ce réseau, encouragent à une grande prudence dans l’interprétation des documents archéologiques obtenus. Le réseau, tel qu’il se présente à nos yeux, correspond à un ensemble incomplet, plusieurs structures étant partiellement, voire totalement, fossilisées et par des comblements importants. Le plan est toutefois « classique » dans la région : agencement de salles et de galeries, accès en pente, probabilité d’accès de creusement en puits, éléments annexes pariétaux sont autant de caractères que l’on retrouve régulièrement dans le S. de la Haute-Vienne et le N. du Périgord.

Les stratigraphies étudiées dans trois secteurs souterrains montrent qu’après la phase de creusement, les traces d’occupation restent peu marquées et ne semblent pas démontrer une utilisation de longue durée de la cavité. Les séquences d’effondrement mises en évidence dans la salle A montrent, au contraire, que l’affaissement de la voûte a dû se produire rapidement : les couches d’altérite succèdent immédiatement à l’unique sol que l’on peut associer à une occupation. Effondrement rapide et, semble-t-il, définitif puisque la voûte de la salle est crevée. Dès lors, les dépôts d’ossements et l’amas de pierres localisé entre la première séquence d’effondrement et la suivante, témoignent de la réutilisation de la cavité comme dépotoir. L’origine de ce dépotoir reste incertaine ; l’absence de traces d’outils de découpe sur les ossements infirme l’hypothèse d’un dépotoir culinaire. Peut-être s’agit-il alors d’un charnier de chasse ou simplement d’animaux morts de maladie ? La présence de quelques fragments céramiques dans ce niveau permet toutefois de rattacher chronologiquement cet événement à la période médiévale. Une donnée semble favoriser l’hypothèse d’un abandon lié à l’impossibilité de conserver un réseau souterrain occupable sans risque. On a pu, en effet, constater que la profondeur d’enfouissement de la cavité, supérieure à celle que l’on peut remarquer pour d’autres cavités de la région, ne s’explique pas simplement par la situation topographique du site sur un versant de colline, mais par l’absence, à faible profondeur, d’un matériau géologique suffisamment solide pour assurer la cohérence des structures creusées. On aurait alors procédé à un creusement plus profond afin d’atteindre un matériau plus solide. Cette solution pouvait apparaître a priori comme suffisante. Toutefois, l’importance de l’altération en profondeur du gneiss encaissant est telle que le choix d’opérer un creusement plus profond n’a pas permis d’éviter la destruction rapide des volumes souterrains.

Au terme de l’analyse des données archéologiques de fouille il devient possible de préciser les modes d’occupation du site de Pierre-Blanche en distinguant deux types d’implantations chronologiquement différents :

Un gisement de surface, d’origine probablement néolithique reconnu en périphérie de la fouille, matérialisé par la présence de deux fosses.

Une cavité d’origine médiévale, implantée à faible distance de l’habitat préhistorique, apparemment dépourvue de vestiges de surface et dont l’occupation semble avoir été de très courte durée.

Abandonnée rapidement, la cavité de Pierre-Blanche servira, après effondrement, de dépotoir ou de charnier. L’habitat médiéval se fixera ailleurs, probablement à l’emplacement de l’actuel hameau. Un autre cas de configuration de site d’habitat incluant une cavité médiévale existe à faible distance du site de Pierre-Blanche : le hameau de La Bussière-Montbrun, situé à environ 500 m de Pierre-Blanche (fig. 2), possède également une cavité comparable, récemment redécouverte lors de travaux de construction au centre du hameau. Dans ce dernier cas, la cavité s’inscrit dans un habitat qui a perduré jusqu’à nos jours, comme sur le proche site de Beaulieu où cavité et bâtiments de surface médiévaux ont laissé la place à un habitat de surface maçonné à la période moderne, sans déplacement de celui-ci par rapport aux vestiges médiévaux14.

Les résultats des sondages ne livrent donc que peu de traces d’occupation du souterrain. Pierre-Blanche rejoint en cela les cas où l’archéologie n’atteste pas de vestiges nettement associables à un séjour long dans les cavités, comme par exemple sur le site de Jeux en Creuse15 ou pour deux souterrains de la commune de Saint-Amand-Magnazeix en Haute-Vienne16. Si une explication de ces constats de non-occupation reste encore aujourd’hui à rechercher, alors que d’autres sites livrent, a contrario, des témoins nets de l’occupation des cavités par l’homme au Moyen âge17, le sondage de Pierre-Blanche permet toutefois d’évoquer des raisons techniques et de sécurité liées aux conditions géologiques. Il appartient aux recherches futures d’évaluer la fréquence respective des sites occupés et de ceux qui ne paraissent pas l’avoir été, en recherchant les causes de ces absences d’occupation après creusement des souterrains. Malgré les difficultés inhérentes à l’approche par la fouille archéologique, celle-ci nous paraît être la seule en mesure de livrer des informations utiles pour éclairer cette question18.

 



ANNEXE 1

Note sur la prospection géophysique du site de Pierre-Blanche

par François Gauthier

 

En préalable à la fouille de sondage du site de Pierre-Blanche, une campagne géophysique a été menée avec la collaboration du Centre de Recherches Géophysiques de Garchy (CNRS)19. La reconnaissance à vue de témoins archéologiques s’avérant difficile, voire impossible sous couvert forestier pour ce type de site, l’objectif des prospections était de tenter d'obtenir des informations sur la position d’éventuelles structures de surface aux abords de la cavité et d’essayer de préciser les limites du site à l’intérieur de la zone prospectée (soit 1500 m²). La susceptibilité magnétique, liée à la présence d’oxydes de fer présents dans le sol peut être un bon indicateur d’anthropisation d’un milieu. En effet, sa valeur augmente sensiblement lorsqu’il y a accumulation de matière organique ou lorsqu’un matériau a subi une forte élévation de température (foyer, couche rubéfiée, four ...).

La carte de susceptibilité magnétique (fig. l2) réalisée sur le site (appareil S.H.3, conçu par le CRG de Garchy) montre plusieurs anomalies de forte valeur. L’absence de formes aisément identifiables (formes géométriques : cercles, rectangles, alignements ...) ne nous a pas permis de proposer une interprétation archéologique des anomalies géophysiques avant fouille. Le sondage du secteur 3, implanté à l’aplomb de l'une des anomalies, a confirmé son origine anthropique puisque plusieurs couches de sédiment organique ou rubéfié (couches 125, 145 et 146) ont été mises en valeur dans une fosse peu profonde. Autour de l’accès G, la prospection n’a pas mis en évidence une zone de forte susceptibilité. Ceci tend à confirmer l’hypothèse d’une faible occupation du site. En effet sur le site de Chadalais20, où une occupation de la cavité est nettement attestée, la prospection géophysique a mis en évidence une zone de forte susceptibilité magnétique dans le prolongement d’un accès permanent du même type.

Enfin, au N. de la parcelle (ligne P.24/P.25 sur carte, fig. l2), une anomalie allongée dans le sens de la pente correspond à l’emplacement d’une ancienne limite de parcellaire (ancienne haie ?) ; ici, les fortes valeurs de susceptibilité sont à mettre en relation avec la présence d’une banquette d’accumulation, riche en matières organiques, qui se développe fréquemment à l’avant des haies.

Sur ce site, ou l’occupation a sans doute été fugitive que ce soit au cours du Néolithique ou au Moyen âge, la prospection géophysique a surtout montré des anomalies en relation avec des différences de sols, plus que de véritables anomalies liées à des structures archéologiques. Ces informations et la mise en évidence d’un ancien parcellaire montrent l’intérêt à analyser et interpréter une prospection au-delà de la simple détection de structures archéologiques.

 

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Fig. 12 - carte de susceptibilité magnétique apparente (réponse S.H.3 en phase). Plan de la cavité en pointillés.

 



Annexe 2

Pierre-Blanche, étude ostéologique

par Christian Vallet

 

Le matériel ostéologique soumis à étude a été très érodé par les agents chimiques du sol. Le décompte des restes osseux fait apparaître un nombre total de restes (NRT) de 132 taxons qui se répartissent en trois espèces animales distinctes : les suidés (54 NR), les ovicaprinés (26 NH) et les canidés (52 NH).

Les suidés. – Les vestiges osseux appartiennent à 3 sujets adultes et un juvénile. Ces individus sont jeunes, les épiphyses distales et proximales des os longs sont bien formées, mais toutefois pas soudées à la diaphyse. On peut avancer un âge inférieur à 12 mois pour le décès de ces animaux. Le sujet juvénile n'a, quant à lui, pas plus de 6 mois. Du fait de l’épiphysation non terminée qui a été constatée, il n'est pas possible d’effectuer des mesures ostéométriques.

L’ovicapriné. – Les restes osseux appartiennent à un seul sujet dont l'épiphysation proximale des tibias nous permet de proposer un âge supérieur à 55 mois, les mesures ostéométriques effectuées sur les os longs nous donnent le tableau suivant :

 

 Os  Longueur  HAUTEUR DU GARROT  Hauteur MOYENNE
Fémur 140 635  
Radius 143 574  
Tibia 184 563 572
Humérus l26 539  
Métatarsien 122 553  

 

 Le canidé. Tous les os appartiennent à un seul sujet. L’examen de la dentition montre une carnassière supérieure sans lobe intérieur et à l'aspect long et massif. L’animal étudié serait donc du genre loup (Canis Lupus). Les mesures effectuées sur les os longs donnent le tableau suivant :

 

 Os  Longueur  HAUTEUR DU GARROT  Hauteur MOYENNE
Fémur 155 48  
Radius 141 454  
Tibia 161 410 472
Humérus l26 539  
Métatarsien 144 485  

 

 

Tous ces animaux sont pratiquement complets, compte tenu de l'état de conservation des restes. Les os longs ne présentent pas de fractures ni de traces consécutives à une découpe bouchère.

La taille du loup nous paraît petite comparée à des animaux connus sur d’autres sites. Sur le site alsacien de Sierentz, par exemple, deux loups ont pu être identifiés, ils mesurent 650 mm et 702 mm, et sont donc bien plus grands que celui de cette étude. Comparée aux tailles des chiens actuels, le sujet de Pierre-Blanche serait proche de la hauteur au garrot du caniche royal. L’examen des épiphyses du sujet de Pierre-Blanche nous indiquant un âge supérieur à l2 mois, il semblerait possible que l’on soit alors en présence d’un jeune loup.

Dans l’état actuel des recherches nous pouvons avancer l’hypothèse de cadavres d’animaux jetés dans la fosse créée à la suite de l’effondrement d’une salle du souterrain.

 

Bibliographie

BARONE, 1988, Anatomie comparée des mammifères domestiques, tome 1, Paris, 1988.

RIEDEL A., 1977, The fauna of four prehistoric settlements in northern Italy, Att. del Museo civico di storia national, vol. XXX, Trieste.

Van DEN Driesh A., 1976, A guide to the measuremenf of animal bones from archeological sites, Peabody Museum, Bull. 1.

VALLET C., (à paraître), La faune du site de Sierentz (Haut-Rhin).

 


 

Notes

 


1 Concernant la problématique de recherche voir : S. GADY, Les souterrains médiévaux du Limousin, Documents d’Archéologie Française, 1989, n° 19, 115 p. – P. Conte., Souterrains et silos médiévaux en Limousin et Périgord, Mémoire de diplôme de l’Ecole Des Hautes Études en Sciences Sociales, 1991, ‘2 tomes (inédit), et : Souterrains, silos et habitat médiéval, état de la question archéologique en Limousin et Périgord, Société médiévale Occitane, Actes de la 8' session d’Histoire médiévale de Carcassonne : Historiens et archéologues, « Hérésie, 1992, n° ‘2, p. 243 a ‘281.

2 A ce sujet, les travaux les plus récents : P. SAUMANDE, Souterrains aménagés en Limousin, dans Der Erdslall, 1983, n° 9, p. 82 à 90, et supra : P. CONTE, 1991.

3 Supra, note 1, CONTE., 1992.

4 P. CONTE et F. GAUTHIER, Beaulieu, site d’habitat du Moyen âge au XXe siècle. Rev. Archéologique du Centre de la France, 24, 1985, p. 215-237.

5 Point, culminant : sommet du Grand Puyconnieux, alt. : 498 m. Le site de Pierre-Blanche, distant d’environ l 300 m de ce sommet, est situé à une altitude voisine de 430 m.

6 Témoignage recueilli en 1985 auprès d’un habitant de la commune de Dournazac.

7 A mettre en relation avec le toponyme de l’habitat actuel voisin de « Pierre-Blanche ».

8 Deux secteurs de fouille sont en relation surface-cavité : secteurs l et 3.

9 Voir : Prospection géophysique, par F. Gauthier, ci-dessous.

10 Voir : Analyse archéozoologique, par C. Vallet, ci-dessous.

11 Information confirmée par plusieurs témoignages et par les restes d’une pièce métallique de matériel militaire découverte au fond de la fosse 108.

12 Voir supra, notes 1 et 2.

13 Carrière, fosse, mine, aqueduc ...

14 Voir supra, notes 1 et 4.

15 Groupe Archéologique de la M.J.C. de La Souterraine, Le souterrain de Jeux, commune d’Azérables (Creuse), 1977, édité par la M.J.C. de La Souterraine, 29 p.

16 P. PICARD, Deux souterrains médiévaux de la commune de Saint-Armand-Magnazeix (Haute-Vienne), Bull. de la Soc. archéol. et hist. du Limousin, CV, 1978, p. 105-115.

17 Voir par exemple les sites de : Bois-du-Mont à Bessines (Haute-Vienne), S.GADY, 1989, op. cit. note 1 ; Beaulieu (Pensol, Haute-Vienne), P. CONTE et F. GAUTHIER, 1985, op. cit., note 4 ; Chadalais (Maisonnais-sur-Tardoire, Haute-Vienne), P. CONTE. et F. Gauthier, 1985, op. cit. note 4 ; Chadalais (Maisonnais-sur-Tordoire, Haute-Vienne), P. CONTE, 1991 et 1992, op. cit. note 1.

18 L’opération de fouille a été menée par une équipe de l’association ARCHEA, 3, rue Cruche d’Or, 87000 Limoges. Nous tenons à remercier les propriétaires, Mme et M. Jacques Chabrol, Mme et M. Gilbert Chabrol, pour leur compréhension et leur collaboration ainsi que MM. et Mmes Chamoulaud, Colombier et Fauriac pour leur amical soutien. La fouille et la campagne de prospections géophysiques sur les sites de Pierre-Blanche et, Chadalais a pu être réalisée grâce à un financement apporté par l’association ARCHEA et le Conseil Général de la Haute-Vienne, que nous remercions.

19 G. BOSSUET, A. HESSE. et A. TABBAGH, Rapport sur les prospections géophysiques effectuées en Limousin sur les sites de Chadalais et Pierre-Blanche, 1983, Rapport dactylographié, CRG Garchy, CNRS 10 p.

20 P. CONTE et F. GAUTHIER, Apports de la prospection géophysique à l’étude d’un ensemble de structures de surface liées à une cavité médiévale aménagée, 1986, Revue d’Archéométrie, 10, p, 1-8.