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PREMIERS RÉSULTATS DES OPÉRATIONS ARCHÉOLOGIQUES EN FORET DE LASTOURS - LES CARS HAUTE-VIENNE : PEUPLEMENTS FORET ET PAYSAGES DU MÉSOLITHIQUE À L'ÉPOQUE MODERNE


Patrice CONTE, Jean-Claude GRANY et Thomas PERRIN

Extrait de
Mémoire du Pays d'Aixe
Comité Archéologique et Historique du Canton d'Aixe
Tome 12


Résumé : Lors d'importants travaux forestiers, la forêt de Lastours - Les Cars s'est révélée être un lieu plus densément occupé par l'homme qu'il n'y paraissait à l'origine. Des prospections intensives et quelques sondages permirent d'identifier deux petites stations mésolithiques, un important habitat du Néolithique final et un four domestique médiéval. Mises en parallèle avec des informations provenant de l'environnement proche, ces données permettent de reconstituer à grands traits l'histoire de l'emprise humaine sur ce massif forestier depuis le Mésolithique ancien jusqu'à l'Epoque Moderne. Le présent article résume les premiers résultats acquis lors de ces opérations, autant du point de vue des méthodes et des techniques mises enjeu que de leur apport archéologique.


 

 

Pendant l'hiver 1983-1984, des déforestations intensives sur la forêt de Lastours - Les Cars entraînèrent la destruction partielle, voire définitive, de plusieurs sites archéologiques. Une intervention d'urgence fut alors tentée afin de recueillir le maximum d'informations ; elle fut réalisée par une équipe de l'association ArchéA entre juin 1983 et mars 1984. L'équipe procéda à une prospection pédestre avec ramassage sur des zones sensibles, suivie par quelques sondages ponctuels de vérification et par la fouille d'un four médiéval (Grany 1983-1984 et 1984, Conte 1989).

Ces opérations permirent rapidement de montrer l'existence de quatre zones d'occupation principales, caractérisées par des épandages1 de vestiges essentiellement lithiques et céramiques en quantités variables, et renvoyant à différentes périodes (fig. 4)

- la zone 3 correspond à la première occupation connue de la forêt de Lastours - Les Cars, et peut être rattachée au Mésolithique de type Sauveterrien (7000 à 6000 av. J.-C. environ) ;

- la zone 2, plus complexe, comprend un four domestique médiéval (XIIe-XIIIe s.) inscrit sur un plus vaste espace où des silex taillés attestent un site sans doute du Mésolithique, à l'instar de la zone 3 ;

- la zone 1 est un important site du Néolithique final, ici de l'Artenacien (3200-2400 av. J.-C. environ), reconnu grâce à une vaste collection céramique et à quelques silex taillés ;

- enfin, la zone 4, plus éparse, se rattache sans doute elle aussi à l'Artenacien.

 

CADRE DE L'OPÉRATION

 

LA FORET ACTUELLE

La forêt de Lastours - Les Cars appartient géomorphologiquement à l'ensemble des Monts de Châlus, qui culminent à 557 m et constituent les derniers contreforts occidentaux du Massif Central, à la limite des départements de la Haute-Vienne et de la Dordogne. La forêt elle-même en forme la limite orientale sous l'aspect de collines arrondies, dominant les plateaux et les vallées proches, et constituées de terrains uniquement cristallins, granit et gneiss (fig. 1 et 2).

CONTEXTE ARCHÉOLOGIQUE

Si les deux communes de Lastours et des Cars étaient déjà bien connues des archéologues, grâce à leurs châteaux notamment (Rémy 1991, Rémy et alii 1993), l'espace recouvert par la forêt actuelle constituait un vide archéologique presque total. Les seuls indices connus, notamment pour la préhistoire, l'étaient sous forme d'objets isolés ou de petites collections ramassées en périphérie par les habitants de la région (Delporte 1968 et 1970, Dominique et alii 1968, Fitte 1970 et Guillemot et alii 1979), ou de structures construites repérées préalablement à nos prospections : deux mottes médiévales, une enceinte circulaire de sommet et une enceinte quadrangulaire de sommet elle aussi. Ces quatre structures renvoient d'ailleurs à des périodes et à des fonctions indéterminées.

 

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Fig. 1. - Carte de localisation de la forêt de Lastours - Les Cars (d'après Grany 1984).

 

 

MÉTHODES ET MOYENS MIS EN OEUVRE

 

LES CHOIX MÉTHODOLOGIQUES

Les premiers repérages de terrain permettant immédiatement de constater une certaine abondance de vestiges matériels dans plusieurs secteurs de la forêt déforestée, il convenait de mettre en oeuvre des moyens techniques afin d'obtenir une connaissance archéologique la plus approfondie possible de ce vaste espace forestier sachant qu'il s'agissait, en même temps, de tenir compte des fortes contraintes qui conditionnaient le mode de découverte des objets, ces contraintes étant les suivantes :

- la superficie de la zone à étudier (environ sept hectares), étendue qui rendait impossible une multiplication d'opérations de fouille de type classique2;

- le type de vestiges et d'indices archéologiques matériel céramique et lithique présents sur de vastes surfaces ; amas rocheux, tertres simplement identifiés comme monuments probables et non certains...

- enfin une contrainte de temps : en effet, la repousse des végétaux entraînant le masquage des sols devait rapidement compromettre toute tentative de reconnaissance et de collecte du mobilier archéologique. Ajoutons que les interventions de terrains devaient s'intercaler, au moins pour les plus urgentes3, au cours des travaux de déforestation puis d'enrésinement qui ne furent donc pas interrompus lors des opérations archéologiques.

 

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Fig. 2. - En 1983, la mise en place du carroyage décamètrique lors des opérations de prospection.

 

Il importait donc de mettre rapidement en oeuvre des techniques d'acquisition des données documentaires à la fois relativement simples, rapides et malgré tout suffisamment fiables face à la découverte d'un ensemble archéologique dispersé sur une surface de plusieurs hectares.

Les choix finalement retenus ont été également conditionnés par l'absence presque totale de travaux comparables aisément accessibles dans les publications disponibles à l'époque4. Ainsi, les opérations de terrain ont consisté en

- une prospection pédestre permettant un ramassage méthodique des vestiges matériels au sol pour les trois zones présentant un épandage de grande étendue (zones 1 à 3), soit 4,2 ha de superficie ;

- une prospection et repérage des anomalies de terrain pouvant avoir une origine archéologique ;

- des sondages préliminaires sur les anomalies précédentes et des sondages "tests" sur les zones à forte concentration de vestiges au sol afin de vérifier l'éventuelle conservation de structures ou de niveaux archéologiques en place, non détruits par les travaux de déforestation.

 

DESCRIPTION DES MÉTHODES

Les prospections avec ramassage

Une fois circonscrites les zones présentant des concentrations remarquables de mobilier au sol, celles-ci et leurs abords ont été équipés d'un quadrillage décamétrique permettant le ramassage des objets suivant des unités définies (carrés de 100 mètres-carrés numérotés en abscisse et en ordonnée), les prospecteurs repérant les éventuelles pièces selon deux axes perpendiculaires. Ce double passage, qui pouvait être augmenté dans le cas de carrés prospectés par deux personnes, permis d'effectuer une collecte des vestiges de surface que l'on peut considérer comme relativement complète si l'on en juge, par exemple, par le module inférieur au centimètre de certaines pièces céramiques ou lithiques collectées.

Les mêmes procédures furent utilisées pour toutes les unités de ramassage ; les conditions particulières de collecte, qui peuvent influer sur celles-ci furent consignés par écrit afin d'être intégrées lors de l'analyse des résultats des travaux de terrain5. Si l'on ne peut pas considérer ces procédures de ramassage comme totalement exhaustives (et comment en juger de façon réellement objective ?), elles permirent en tous cas de prélever un échantillon que nous estimons représentatif.

 

 

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1. La Garde / Les Fosses (mention biblio.). 2. Station des Plaisirs. 3. Menhir de Bord. 4. Station de la Garde. 5. Les Peines (coll. Pichaud). 6. Silo de la Gacherie. 7. Grelette (coll. Audvard). 8. Bonnes Fontaines. 9. Souterrain de la Haute-Renaudie. 10. trouvaille isolée. 11. Station des Borderies. 12. Prieuré de Saumur. 13. Château des Cars. 14. Les Carillons. 15. Maladrerie de Tailladis. 16. Le Ronlard. 17. Zone III. 18. Zone I. 19. Zone II. 20. Zone IV. 21. Gorsas. 22. Dolmen de la Goupillière. 23. Souterrain du Puy Mazeautier. 24. Motte castrale I de Lastours. 25. Motte castrale II de Lastours. 26. Fortification médiévale de Lastours. 27. Château de Lastours. 28. Enceinte de sommet des Combes. 29. Enceinte quadrangulaire des Combes. 30. Souterrain des Combes

 Fig. 3. - Carte de localisation des sites archéologiques sur le territoire des communes de Rilhac- Lastours et des Cars.

 

Les protocoles de ramassage utilisés sont restés constants au cours de toute l'opération afin de conserver un mode d'acquisition des données homogènes, seul moyen pour réaliser des comparaisons valides entre unités de ramassage et, à une autre échelle, entre les différentes concentrations majeures de matériel archéologique.

Les prospections "ponctuelles"

Il s'agit en fait du repérage d'objets isolés ou de petits groupes d'objets hors des zones de concentration importante et continue de mobilier archéologique. En tant que telle, la prospection n'est pas ponctuelle puisqu'elle résulte ici du parcours systématique des secteurs déforestés, seules les découvertes le sont car isolées des zones principales. Ces découvertes ne peuvent donc, à une exception près6 être considérées individuellement comme des "sites archéologiques".

 

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Fig. 4. - Carte de localisation des sites archéologiques en forêt de Lastours - Les Cars.

 

Les sondages

Trois séries de sondages ont été réalisées lors de la première phase de recherches (1983-1984)7.

- Sondages "P.1" (fig. 3, 4 et 17). Série de trois sondages réalisés à la base d'un chaos granitique. Situé à 140 m au sud-ouest de la zone forte densité de matériel n° 1, relativement préservé des travaux de déforestation qui ne l'ont que localement perturbé, cet amas pouvait avoir conservé, à son abord, des niveaux archéologiques non perturbés.

- Sondage "CS97" (Zone n° 1, fig. 4). Trois sondages tests ont été menés sur l'unité de ramassage ayant livré la plus forte densité de matériel archéologique en surface afin de vérifier l'état d'éventuelles structures associées ou de niveaux enfouis encore en place, en profondeur.

- Sondage "T.1" (Zone n° 2). Deux tertres ayant été repérés lors des prospections initiales, un premier sondage a été réalisé sur le monument le plus important situé en zone n° 2 (T.1).

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Fig. 5. - Photographie de la colline de la forêt de Lastours - Les Cars en 1983 (vue du Sud-Est).

 

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Fig. 6. - Photographie de la Zone 1 pendant les travaux de déforestation et de prospection (vue prise depuis l'Ouest).

 

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Fig. 7. - Zone 2 : répartition en courbes d'isodensités du matériel archéologique préhistorique (commune de Rilhac-Lastours).

 

Les résultats de cette première série de sondages s'avérant négatifs quant à la découverte de niveaux archéologiques conservés en place, il a été décidé de faire porter l'effort sur le travail de prospection rendu prioritaire pour les raisons évoquées précédemment. Les fouilles archéologiques reprendront en 198819898, après une période consacrée à l'étude préliminaire des résultats des prospections et des collectes de mobiliers. La fouille portera à ce moment là sur les deux tertres T1 et T2 (fig.4). Cette nouvelle période de recherche permettra également d'effectuer des prospections de vérification, en particulier sur les limites de l'espace initialement étudié (espace déforesté).

 

LES ZONES 2 ET 3 : PREMIÈRES IMPLANTATIONS HUMAINES

ASPECTS GÉNÉRAUX

Après les grandes glaciations de la Préhistoire, approximativement au moment où l'espace forestier conquiert la majeure partie de notre territoire, vers 10000 av. J.-C., apparaissent de façon systématique parmi les armes de chasse des hommes préhistoriques des flèches à armatures microlithiques, aboutissement marqué d'une tendance apparue déjà quelques millénaires auparavant. Cette période, le Mésolithique, se divise en deux phases principales : le Mésolithique ancien et moyen, où les armatures ont une forme essentiellement de triangle (entre environ 8000 à 6500 av. J.-C.), et le Mésolithique récent et final avec des armatures généralement en forme de trapèzes (entre environ 6500 et 5000 / 4500 av. J.-C.).

 

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Fig. 8. - Zone 3 : répartition en courbes d'isodensité des silex taillés (commune de Rilhac-Lastours).

 

 

Les premières occupations humaines identifiées dans le secteur de la forêt de Lastours - Les Cars sont datées de ce Mésolithique ancien, appelé aussi "Sauveterrien", et sont illustrées par les zones 2 et 3, petites stations de hauteur d'environ un demi hectare chacune (fg. 7 et 8).

Si ces deux zones se caractérisent principalement par des densités variables de silex, ces dernières n'atteignent jamais de valeurs très fortes dans l'absolu (chaque carré représentant quand même une surface de 100 m²). Les épicentres identifiables ne sont donc que relatifs et ne reflètent pas obligatoirement l'organisation spatiale réelle du site originel (fig. 9).

 

DESCRIPTION DES OUTILLAGES

Pour fabriquer leur outillage et leurs armatures, les Mésolithiques utilisaient principalement du silex. Ils exploitèrent également des matériaux organiques, comme l'os, mais ceux-ci ne se sont pas conservés dans les sédiments acides de la forêt. Le silex n'apparaissant qu'en milieu calcaire, les habitants de ces deux stations, qui en exploitèrent plus de huit variétés, durent s'approvisionner dans des régions parfois éloignées de plus d'une centaine de kilomètres.

La zone 3 comporte 35 outils pour 862 éclats non retouchés, contre 12 outils pour 408 éclats dans la zone 2. Les armatures représentent près du quart de l'ensemble de l'outillage et forment un assemblage assez caractéristique du Sauveterrien (fg. 10). Bien que le ramassage de surface implique de manipuler avec une grande prudence tout dénombrement, cette relative abondance d'armatures peut illustrer l'importance des activités cynégétiques chez ces populations mésolithiques.

L'outillage commun, assez varié, confirme la datation et illustre indirectement d'autres aspects de la vie quotidienne de ces chasseurs - collecteurs (traitement des peaux, des bois - végétaux et animaux -, travail de l'os, etc.). Ici, seule une étude tracéologique pourrait permettre de préciser la fonction de certains outils.

Enfin, certaines pièces ou fragments de pièces nous renseignent d'un point de vue technologique sur les façons qu'avaient ces groupes humains de tailler le silex. On trouve par exemple un total de 15 microburins, déchets provenant de la fabrication des armatures à partir d'un support laminaire. Quelques nucléus illustrent également la façon dont ces tailleurs mésolithiques réalisaient leur production.

 

BILAN DES OCCUPATIONS MÉSOLITHIQUES

L'étude de l'outillage des deux stations mésolithiques de la forêt de Lastours - Les Cars permet de conclure à leur forte homologie, et de là, nous permet de les rattacher toutes deux au vaste "complexe suaveterrien". Cependant, des variations existent à de nombreux points de vues : matières premières, composition de l'assemblage typologique, répartition spatiale... S'il n'est pas possible, en l'état, d'interpréter de façon sûre ces différences, on peut néanmoins avancer quelques hypothèses générales, telles que une variation entre la fonction de chaque site, une différence chronologique, des phénomènes taphonomiques différentiels ayant affecté chacune des zones, etc.

Quoiqu'il en soit, la datation du Sauveterrien reste acquise pour ces deux stations qui viennent alors s'inscrire dans une région où, jusqu'ici, peu de sites des 8ème et 7ème millénaires avant notre ère étaient connus.

Ce sont, à ce jour, les deux sites les plus anciens connus sur le territoire des deux communes. Quelques indices suggèrent la présence de l'homme longtemps auparavant. Il s'agit notamment de la découverte d'un petit biface, que l'on attribuer sans plus de précision au Paléolithique moyen (Le Ronlard, commune des Cars, Dominique et alii 1968). Ce n'est là cependant qu'un indice, sorti de tout contexte, et qui ne permet pas d'identifier un site précis.

A partir du Mésolithique en tous cas, l'homme va laisser des traces plus importantes et de plus en plus profondes. L'importante occupation du Néolithique final de la Zone 1 en est un exemple démonstratif.

 

 

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Remontée partielle des vestiges archéologiques, qui peuvent alors encore refléter l'organisation spatiale originelle. Les zones de plus fortes concentrations de mobilier peuvent être les témoins d'une certaine structuration de la couche archéologique.

La destruction totale de la couche archéologique entraîne la dispersion des vestiges en surface et dans les ensembles sédimentaires voisins. Les zones de plus fortes concentrations ne peuvent être comprises comme reflets d'une structuration archéologique originelle.

Fig. 9. - Représentation schématique de l'évolution d'un site archéologique, et de la compréhension de son état de conservation à travers l'étude de la répartition spatiale des vestiges archéologiques en surface lors d'une prospection pédestre.

 

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1-3, 5. Triangles scalènes. 4. Pointe triangulaire courte. 6. Pointe à troncature oblique. 7. Fragment proximal de burin double. 8. Burin d'angle sur bord brut de débitage. 9. Burin d'angle sur troncature. 10. Burin d'angle sur troncature associé à un racloir. 11. Grattoir sur éclat épais. 12. Fragment distal de grattoir sur éclat mince. 13. Grattoir sur éclat laminaire. 14-15. Troncatures sur éclat mince. 16. Fragment distal de lame à bord abattu et enlèvements irréguliers.

Fig. 10. -Les silex mésolithiques des Zones 2 et 3 (commune de Rilhac-Lastours).

 

 

UNE IMPORTANTE OCCUPATION NÉOLITHIQUE

 

LA ZONE 1 : UN HABITAT NÉOLITHIQUE FINAL

La zone 1 est un site de surface qui s'étend sur près de 3 hectares avec une abondante collection de vestiges archéologiques datables du Néolithique final artenacien. L'étude de leur distribution spatiale nous montre l'existence de zones fortement contrastées (fig. 11). De plus, si l'on superpose à ce plan celui des biais induits par les travaux de déforestations (fig. 12), il semble que le site ne fut que peu bouleversé. Les divers épicentres qui apparaissent sur la figure 11, et notamment celui de CR-CT/96-98, peuvent donc refléter une réalité archéologique, comme par exemple l'existence d'un dépotoir à cet endroit de l'habitat néolithique.

 

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Fig. 11. - Zone 1 : répartition en courbes d'isodensité de la céramique (en grammes; commune de Rilhac-Lastours).

 

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Fig. 12. - Zone 1, carte des biais ayant pu influencer sur les résultats des ramassages (commune de Rilhac-Lastours).

 

La céramique

Représenté par plus de 83 kg pour 6792 fragments, le matériau céramique constitue la majorité des éléments ramassés lors des opérations de prospections sur la zone l. Il s'agit quasi exclusivement d'une céramique grossière à parois épaisses présente sous forme de fragments souvent supérieurs à 5 cm de module. Le montage des vases, probablement de grandes tailles, semble avoir été fait essentiellement au colombin. Typologiquement, ces fragments de céramiques grossières peuvent appartenir à de grands vases tronconiques (appelés "pots de fleurs"). Sur les panses de ces vases viennent se greffer des languettes horizontales ou des boutons. Dans cet ensemble se trouvent aussi quelques rares fragments de céramique fine, dont l'un supporte un décor incisé (fig. 13). Le motif est classique pour cette période (motif dit du "grain de riz") et il est obtenu par l'application sur la panse du vase d'une pointe mousse.

 

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1 à 5. Moyens de préhension. 6. Tesson décoré (?). 7. Tesson à décor en "grain de riz ". 8 à 16 et 18. Rebords de type "pot de fleur ". 17, 19 et 20. Céramique fine.

Fig. 13. - Céramique néolithique de la Zone 1 (commune de Rilhac-Lastours).

 

L'industrie lithique

A l'instar de leurs prédécesseurs mésolithiques, les "agriculteurs-éleveurs" de la zone 1 utilisèrent plus de 8 sortes de silex pour leur outillage lithique taillé (25 outils pour 469 éclats). Ce dernier comprend encore des pointes de flèches, au nombre de 5, mais elles ont dorénavant une forme à pédoncule et ailerons (fig. 14). L'outillage commun est très varié, depuis des outils "classiques" tels que grattoirs, perçoirs, burins, etc., à des pièces plus spécifiques de l'Artenacien telles que les "scies à coches" et les "racloirs foliacés" (fig. 15). A côté de cet outillage lithique taillé se trouvent également quelques fragments en roches dures polies, provenant de haches ou de herminettes (fig. 16).

 

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1 à 4. Armatures perçantes à pédoncule et ailerons. 5. Armature perçante à pédoncule et ailerons semi-dégagés sur fragment de hache polie. 6. Grattoir en bout de lame. 7. Racloir et coche sur éclat épais.

Fig. 14. - Silex taillés néolithiques de la Zone 1 (commune de RilhacLastours).

 

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1. "Scie à coche". 2. Fragment distal de racloir convergent. 3. Racloir ovalaire foliacé biface. 4. Racloir sur éclat épais.

Fig. 15. - Silex taillés néolithiques de la Zone 1 (commune de Rilhac-Lastours).

 

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1 et 3. Hache polie. 2. Fragment proximal de hache polie. 4. Broyon.

Fig. 16. - Macro-outillage néolithique de la Zone 1 (commune de Rilhac-Lastours).

 

 

Bilan

L'ensemble des vestiges archéologiques recueilli dans la zone 1 de la forêt de Lastours - Les Cars, autant céramiques que lithiques, permet de dater cette occupation du Néolithique final, plus précisément de l'Artenacien, vers 3200-2400 av. J.-C. Ce site traduit probablement une importante emprise anthropique sur la forêt, mais que nous ne pouvons dater ni évaluer sans plus de détail.

 

 

LES SONDAGES ARCHÉOLOGIQUES

Cette limitation dans l'approche du contexte précis de l'habitat a amené l'un d'entre nous à effectuer des sondages complémentaires dans ou à proximité immédiate de la zone 1. Leur emplacement a été choisi en pied d'amas rocheux mais les résultats se sont malheureusement avérés négatifs en terme d'identification de structures ou de couches archéologiques. On constate au mieux une répartition préférentielle des vestiges dans les parties sommitales des stratigraphies, lesquelles se caractérisent par une faible puissance de sédimentation (fig. 17). Si ces sondages sont représentatifs de l'ensemble du site, il est à craindre que l'habitat de la zone 1 ne subsiste plus que sous forme de lambeaux et que l'on ne puisse que très difficilement acquérir des informations supplémentaires par rapport à celles amenées par les prospections de 1984.

 

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Fig. 17. - P.1, plan général de l'emplacement des sondages archéologiques et coupe stratigraphique (commune de Rilhac-Lastours).

 

 

LES MÉGALITHES : DES VESTIGES ISOLÉS ?

Deux mégalithes viennent encore illustrer les occupations néolithiques, cette fois-ci en périphérie de la forêt actuelle. Il s'agit tout d'abord du dolmen de la Goupillère (fig. 18). C'est un petit monument, du type "dolmen simple", c'est-à-dire sans couloir permettant l'accès à la chambre funéraire (type classique dans le centre-ouest de la France ; cf. par exemple Beausoleil et Picard 1987) et dont il ne reste que les orthostates et la dalle de couverture, en partie effondrée. Le menhir de Bord illustre un autre aspect du mégalithisme (fig. 19) et, s'il semble qu'il ait existé d'autres monuments de ce type dans le secteur proche, ceux-ci ont aujourd'hui disparus (Delporte 1970, Dominique et alii 1970). Ces deux monuments renforcent l'impression d'occupation dense et continue de la forêt de Lastours - Les Cars par les populations néolithiques, mais l'isolement de ces vestiges dans l'espace et le manque d'informations quant à leur datation précise laisse planer une incertitude quant à leur rattachement à l'occupation artenacienne, même si cela reste fortement probable dans le cas du dolmen de la Goupillère.

 

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Fig. 18. - Le dolmen de la Goupillère (commune des Cars).

 

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Fig. 19. -Le menhir de Bord (commune des Cars).

 

 

DES ÉLÉMENTS NÉOLITHIQUES ISOLÉS : LES COLLECTIONS PARTICULIERES

Préalablement à nos propres recherches, d'autres prospecteurs procédèrent aussi à des ramassages ponctuels de mobilier archéologique dans le secteur de la forêt de Lastours - Les Cars, ce qui nous permet d'identifier aujourd'hui l'existence d'au moins trois autres sites préhistoriques. Le site des Peines, sur la commune Des Cars (Coll. Pichaud), semble bien appartenir au Néolithique, mais sans que l'on puisse plus préciser, le ramassage des vestiges ayant été trop partiel (majoritairement des grattoirs en silex). Le site des Borderies (Coll. Audvard et autres) par contre, est clairement Néolithique ; l'association de pointes de flèches tranchantes (de type "tranchets") et d'un fragment de "brassard d'archer" pourrait signer une occupation artenacienne ou même campaniforme (Pautreau 1979), soit une datation des derniers siècles du IIIème millénaire. Enfin, quelques autres silex taillés furent ramassés sur la forêt elle-même (Coll. Silvy) et peuvent être contemporains de notre Zone 1 (Artenacien) ou même légèrement plus anciens.

 

LES OCCUPATIONS NÉOLITHIQUES : UN BILAN

Depuis le troisième millénaire au plus tard, des populations d'agriculteurs-éleveurs ont occupé les reliefs de la forêt de Lastours - Les Cars. L'essentiel de leur moyens de subsistance devait provenir des environs immédiats des habitats, et si nous ne percevons qu'une infime partie de l'organisation des sites connus, il est apparent que ces populations possédaient un solide ancrage territorial sur la forêt, attesté notamment par la présence de monuments mégalithiques. L'importance de ces occupations par des populations d'hommes qui pratiquent d'intenses défrichements, tant pour recueillir des matériaux de construction pour leurs habitats que pour dégager des espaces libres à cultiver selon des pratiques agricoles le plus souvent itinérantes, nous amène à penser qu'à cette époque, l'action de l'homme sur le paysage dû se faire très nettement sentir, et qu'il est probable que la forêt du Néolithique final devait présenter un aspect relativement clairsemé.

 

LE FOUR DE LA ZONE 2 : SEUL VESTIGE D'UN HABITAT MÉDIÉVAL ?

Découvert sur l'emprise de la zone 2, le monument étudié se présentait initialement sous la forme d'un tertre aplati, au relief fortement atténué par le passage des engins de déforestation. Ses dimensions avant intervention archéologique étaient d'environ 10 m de diamètre pour une hauteur hors sol d'environ 0,70 m. Un premier sondage (Grany 1984) permettait de confirmer une origine anthropique à cette structure, sans pour autant proposer une identification fonctionnelle au monument : la quasi absence de matériel archéologique et une stratigraphie quelque peu atypique pouvant laisser le doute sur l'origine et la fonction du monument. L'hypothèse d'un tumulus de l'âge du Fer, monuments funéraires fréquents dans le sud du département (Lintz 1992), pouvait être retenue "par défaut".

L'environnement du tertre ne pouvait guère apporter d'éléments significatifs : aucune structure n'ayant été perçue aux alentours, seuls des éléments lithiques d'apparence mésolithique et des fragments de céramique grise "historique", un peu plus nombreux il est vrai dans ce secteur, avaient été repérés lors des prospections mais ils ne permettaient pas de préjuger de ce que masquait réellement le tertre découvert.

 

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Fig. 20. - Zone 2, plan général du four médiéval (commune de Rilhac-Lastours).

 

 

C'est lors de la deuxième phase de recherches de terrain (sauvetage programmé : Conte, 1988-1989) que l'on a procédé à la fouille complète du tertre et de ses abords immédiats sur une surface totale de 110 m2.

La fouille a rapidement mis en évidence, à très faible profondeur9, un monument circulaire de 4 m de diamètre. Son architecture est formée d'une "couronne" extérieure de pierres montées "à sec" et conservée au maximum sur trois rangs. Cette première construction enserre un second mur de blocs alignés (diamètre : 2,5 m). L'un des blocs constitutif de cette couronne interne se distingue nettement par ses dimensions (US 311 : 2 x 0,7 m, fig. 20 et 21). Au centre du monument, un remplissage organisé peut être observé, de haut en bas :

- Une couche supérieure (US 310) arasée par les engins mécaniques et qui devait initialement correspondre à l'effondrement des parties supérieures de l'édifice.

- Une couche sableuse, fortement rubéfiée et compacte (US 313), s'appuyant contre les blocs de la couronne interne, recouvrant partiellement le bloc 311 qui présente une déclivité vers le centre du monument (fig. 20 et 21) et reposant sur la couche inférieure 320.

- L'US 320 est un assemblage plus ou moins régulier de plaquettes de granite et de quartz comportant également quelques scories de fer, sur 10 cm d'épaisseur. L'ensemble est lié par un sable en tout point comparable à 313. En fait, on peut considérer que 320 et 313 résultent de la même séquence de construction.

- La couche suivante (US 326) est formée de pierres et de sédiment de remplissage brun,

localement rubéfié au contact de 320. L'US 326 constitue la fondation de la construction 313-320.

La séquence stratigraphique précédente s'inscrit totalement au cœur du monument. L'ensemble repose sur un niveau de terres apportées (314 = 323) que l'on interprète comme un remblai préliminaire à la construction de l'édifice.

 

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Fig. 21. - Zone 2, photo du four médiéval en cours de fouille (commune de Rilhac-Lastours) détail de l'armature en cailloutis (US 320) sous la sole de cuisson du laboratoire (US 313). Mire de 0,30 m.

 

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Fig. 22. - Zone 2, densité de la céramique en nombre de tessons par mètres-carrés (le rond symbolise le four médiéval - commune de Rilhac-Lastours).

 

A ce stade de l'analyse, une interprétation fonctionnelle peut-être proposée : la taille et l'architecture du monument évoquent fortement une structure de combustion de type four. Peu d'exemples de comparaison sont actuellement disponibles, mais les fouilles d'habitats médiévaux désertés en Corrèze livrent déjà quelques cas de monuments comparables. Le four du site du Bois-des-Brigands à Valiergues, par exemple, présente plusieurs similitudes avec celui de la forêt de Lastours - Les Cars (Conte 1988).

Le décapage des abords du four apporte également des données confirmant cette interprétation : devant le bloc 311, où il convient de situer la gueule d'enfournement, se développe une épaisse couche de bois carbonisés résultant des nombreuses vidanges du four lors de son fonctionnement, dépôt caractéristique également remarqué en Corrèze sur le site déjà mentionné du Bois-des-Brigands et plus récemment sur celui du Grandcher à Aix (Conte 1994). Il est d'ailleurs à noter que la zone immédiatement en contact avec la gueule du four avait été probablement décaissée jusqu'au substrat. Cette couche de bois carbonisés, reconnue sur une vingtaine de m² à l'est du four disparaît peu à peu en s'éloignant de ce dernier. On trouvera une représentation de la stratigraphie de la zone du four (suivant l'axe séparant les travées 15 et 16 de la figure 20, c'est-à-dire passant par le centre du four) dans : Conte et Perrin 1998, fig. 18 p. 284. Plusieurs prélèvements de cette couche ont été réalisés à fin d'analyse10.

La fouille a également permis d'identifier à 3 m du four, vers l'est, un niveau de sol particulièrement compact (US 319), associé chronologiquement à la couche de vidange du four (les deux s'interpénètrent fortement) que l'on interprète comme un sol d'occupation contemporain de la phase de fonctionnement du four. Seul un fragment de bec tubulaire en céramique glaçurée a été découvert sur ce sol (fig. 23). Vu l'excellente conservation de cette couche11, on peut penser qu'une protection existait à l'origine, probablement sous la forme d'un bâtiment en structure légère pouvant représenter le fournil du four. Toutefois, aucun aménagement patent (muret, trou de poteau...) n'a été découvert dans la partie fouillée, empêchant de confirmer cette hypothèse.

 

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Fig. 23. - Zone 2, céramique médiévale provenant du four (commune de RilhacLastours) : 331/1 et 308/1.Pierre à affûter en micaschiste : 336/2.

 

Un prélèvement de bois carbonisé effectué dans ce sol d'occupation a été soumis à datation carbone 14. Le résultat12 situe la période de fonctionnement du four entre le milieu du XIIe siècle et le XIIIe siècle, dans une fourchette chronologique tout à fait compatible avec la découverte du tesson de poterie.

S'il ne fait donc guère de doute que l'édifice étudié soit un four médiéval de type domestique, destiné non seulement à la cuisson du pain mais également au séchage des fruits, voire du grain, son isolement apparent reste à première vue énigmatique. En effet, on imagine guère une structure de ce type éloignée de tout contexte d'habitat, d'autant que les fours faisaient fréquemment l'objet d'un contrôle direct par l'autorité seigneuriale ("banalité"). Il faudrait donc admettre la présence d'un proche habitat que ni les prospections ni la fouille n'ont permis de mettre en évidence. Deux facteurs, qui peuvent d'ailleurs être liés, expliquent cette absence apparente : la possibilité d'un habitat en matériau légers (pan-de-bois, couverture végétale...) qui généralement laissent peu de traces au sol et l'arasement provoqué par les engins de défrichement. Si l'on combine ces deux paramètres, il n'est guère étonnant qu'aucune trace n'ait été perçue archéologiquement. Seule, en fait, une concentration plus importante, comparativement aux autres zones, de tessons de faciès médiéval sur la zone 2 pourrait éventuellement être l'indice d'un habitat abandonné. Quoiqu'il en soit, la seule présence du four témoigne de l'existence d'un habitat suffisamment sédentaire pour posséder une telle structure de cuisson.

La fouille du tertre de la zone 2 permet donc d'évoquer la présence d'un habitat entre le XIIe s. et le XIIIe s. sur l'emplacement actuel de la forêt. La chronologie proposée et l'absence de témoins médiévaux plus récents (de la fin du Moyen-Age) montrent que cette implantation humaine a dû avoir une durée de vie relativement brève. Elle pourrait correspondre à la création d'un établissement agricole associée à une phase de mise en valeur de terroirs jusqu'ici inexploités, phase que l'on situe généralement autour du XIe-XIIe s. L'ancien cadastre et le terrier de la seigneurie de Lastours ne livrent aucune information toponymique à l'emplacement même du site13, ce qui d'ailleurs confirmerait son abandon assez rapide, mais l'ancien cadastre mentionne, à peu de distance du site, en limite de l'actuelle forêt, un hydronyme, ruisseau des "Essarts", qui pourrait éventuellement évoquer le souvenir de ces conquêtes de terre au Moyen-Age14.

 

DES VESTIGES A DATATION INDETERMINEE

Les recherches ont également permis de mettre au jour d'autres types de structures : charbonnières et carrières. Toutefois, dans un cas comme dans l'autre, il n'a pas été possible de préciser la chronologie des vestiges.

Engagée en parallèle à la fouille du "tertre-four" TI (en zone 2) l'étude du tertre T2, situé en contrebas de la zone 3, vers le sud-est (fig. 4) n'a pas confirmé la présence d'un monument construit qui aurait pu être, par exemple, un nouveau four ou un tumulus comme pouvait le laisser présager sa forme initiale. La fouille a simplement révélé un substrat granitique fortement diaclasé et portant des traces d'enlèvement de rocher. Un amas de bloc, résultant probablement de cette exploitation sporadique en carrière, formait le tertre repéré initialement15 (fig. 24). Aucun élément de datation ne permet de situer chronologiquement cette exploitation du substrat. Les pièces lithiques préhistoriques découvertes dans ce sondage n'étant pas associées à un quelconque niveau en place ne peuvent être considérées ici comme des indicateurs fiable de datation. Leur présence correspondant fort probablement à un effet du colluvionnement de sédiments provenant du haut du versant où a été circonscrit le gisement mésolithique de la Zone 3.

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Fig. 24. -Le tertre "T.2" (commune de Rilhac-Lastours).

 

La présence d'une petite carrière sur l'emprise de la forêt n'est pas étonnante en soi, l'édification, à toutes les époques, de bâtiments maçonnés justifiant l'exploitation d'un granite propice à la maçonnerie16. La trace la plus récente de ce mode d'occupation de la forêt étant d'ailleurs une carrière située au nord de la zone 1 dont l'exploitation s'est arrêtée au début de la deuxième moitié du XXe siècle17.

L'autre catégorie de vestiges également identifiée lors des recherches archéologiques correspond à des charbonnières, témoignage des activités liées à l'artisanat puis aux proto-industries métallurgiques (fg. 25). Toutefois, comme dans le cas précédent, les six charbonnières repérées en zone 1 (fig. 12) ne sont pas datées. Découvertes à la suite des passages d'engins dans ce secteur il n'a été possible que de localiser les taches charbonneuses correspondant à la destruction de leur emplacement d'origine. Leur structure ne nous est donc pas connue. En revanche la cartographie de ces vestiges (fig. 12) montre une répartition qui semble régulière avec une distance d'environ 50 m entre chaque site de charbonnière, indication probable d'une exploitation effectuée à une même époque, pour l'instant indéterminée mais qui pourrait être celle du développement important de la métallurgie du nord Périgord et des vallées de la Dronne, du Bandiat et de la Tardoire, soit entre le XVIe s. le début du XIXe s. (Lamy 1987).

 

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Fig. 25. - Une cabane de feuillardier actuelle (commune voisine de Bussière-Galant).

 

 

PREMIERS BILANS ET CONCLUSION

Le premier bilan que l'on peut tenter de cette opération archéologique concerne aussi bien son apport strictement archéologique à la connaissance du peuplement du territoire étudié que les méthodes et techniques utilisées. Sur ce dernier point, il s'agit autant de souligner les aspects positifs des protocoles de prospection employés que leurs limites et les problèmes techniques ou de méthode qu'ils peuvent présenter.

 

UN BILAN MÉTHODOLOGIQUE

La mise en place rapide des interventions sur le terrain est le résultat des conditions propres de la découverte effectuée, rappelons-le, lors de simples prospections "à vue" de vérification dans une zone remaniée par des travaux de déforestation. Ainsi, on doit ici considérer que les techniques mises en oeuvre relèvent plus d'une archéologie de prospection d'urgence que d'une prospection archéologique engagée à partir de la définition stricte d'une problématique de recherche, même si dans le cas présent, l'ensemble des opérations s'inscrit dans un programme de recherche à visée plus générale portant sur l'évolution de l'occupation humaine du territoire de l'actuelle forêt et de ses abords18.

La méthode retenue ici, d'une prospection intensive des zones présentant à première vue des concentrations de matériaux archéologiques significatives et leurs abords, s'est avérée extrêmement lourde en temps et en moyens humains. Si elle a permis relativement rapidement d'obtenir des données nombreuses et précises dépassant largement la simple "récolte" d'artefacts, elle a eu aussi comme conséquence immédiate de faire privilégier, faute de temps, ces zones au détriment des espaces moins densément pourvus de vestiges matériels. Au final, et même si de nombreuses prospections à vue ont été réalisées hors des zones de forte densité, il importe de souligner que toutes les "surfaces disponibles" n'ont pas pu être aussi systématiquement prospectées avec autant de détail. Les choix effectués relèvent donc ici malheureusement de l'urgence à mener à bien rapidement ces interventions archéologiques.

Le choix retenu d'un ramassage non sélectif, mais au contraire systématique dans les zones de fortes densités s'est donc avérée une tache longue. Plusieurs solutions consistant à écourter cette phase des travaux de terrain existent19. L'analyse des données obtenues, une fois celles-ci codifiées et reportées sur plan permet de constater que l'on aurait pu avoir des résultats comparables au niveau de l'interprétation en utilisant des tirages aléatoires de carrés sur les zones prospectées. Il s'avère qu'en ne gardant qu'environ 50 % des carrés on obtient une image très voisine des densités obtenues lors du collectage systématique20.

 

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Fig. 26. - Les sondages archéologiques (hiver 1983-1984). On aperçoit à l'arrière-plan un des nombreux andins.

 

Si le principe d'un ramassage exhaustif n'est donc pas le mieux adapté aux contingences matérielles de ce type d'opération nous insistons cependant sur un point qui nous apparaissait à l'époque (et encore aujourd'hui) comme un avantage de taille justifiant une récolte systématique. En effet, cette méthode était la mieux adaptée pour à la fois permettre de recueillir des données d'analyse spatiale et en même temps permettre la collecte d'une série importante en quantité de mobilier concernant des sites néolithiques et mésolithiques encore fort mal connus au moment du début de ces recherches21. En menant un ramassage des plus complets, il devenait possible d'obtenir des séries céramiques et lithiques qui pouvaient dès lors présenter un plus large intérêt chronotypologique.

La stratégie de sondages peut également être mesurée de différentes manières. On peut effectivement considérer comme peu motivants pour les fouilleurs certains sondages qui n'ont livré finalement que des indices négatifs d'occupation (en pied des amas rocheux, dans une moindre mesure le sondage du tertre 2 et dans le sondage CS97) . Cette information "négative" n'en est pas moins une donnée archéologique intéressante parce qu'elle traduit, pour les zones étudiées, un constat de l'absence d'occupation dans des secteurs considérés, à priori, comme susceptibles d'avoir été utilisées à fin d'habitat plus ou moins dense.

Par ailleurs, au moins un sondage (tertre 1, zone 2) a permis, d'une part d'identifier une structure originale et d'autre part d'en permettre ensuite la fouille complète.

Il apparaît utile d'insister sur cette dernière opération dans le sens où la prospection classique opère très souvent, au moment de l'interprétation, sur une démarche analogique formelle qui attribue une fonction aux vestiges non fouillés par référence entre leur morphologie actuelle et celle de monuments de même forme mais dont la fonction et la chronologie sont bien établies par ailleurs (généralement par la fouille). Ainsi, dans le cas présent, une interprétation "normale" du tertre aurait bien sûr été, vu sa forme et ses dimensions, celle d'un tumulus, monument funéraire fréquent dans la zone étudiée à l'âge du Fer qui se révélera donc ici être un four domestique médiéval.

Cette remarque permet en l'occurrence, sinon de remettre en question les constructions du discours archéologique sur, par exemple, la répartition des sites ou la notion de paysage qui reposent généralement uniquement sur des données formelles, en tous cas de s'interroger sérieusement sur leur degré de validité réelle ou supposée, degré de validité bien peu souvent discuté dans les publications archéologiques.

Dans le cas présent on mesure la différence qu'il y aurait entre proposer l'hypothèse forte d'une présence aux âges des métaux (et donc, du même coup, d'une absence médiévale) et proposer, ce à quoi nous conduisent les résultats de la fouille et des prospections, à savoir la présence d'un site médiéval et par là l'absence apparente d'occupation aux périodes protohistoriques.

En revanche on regrettera, pour ce qui concerne la part réservée aux sondages de fouille, trois points qui semblent désormais importants. Le premier porte sur les sondages ponctuels effectués sur le carré CS.97 correspondant aux maxima de densité de vestiges céramiques en surface (fig. 11). Ici, la fouille n'a pas confirmé la présence, en profondeur de niveaux archéologiques en place possédant un mobilier aussi riche que la surface. Ce constat peut être traduit de deux manières, non exclusives :

- les niveaux archéologiques fossiles se trouvaient proches de la surface actuelle, voire au dessus du niveau actuel d'arasement mécanique et ont donc été détruits sur toute leur épaisseur ;

- les travaux de déforestation ont produit un déplacement en surface des artefacts, entraînant une sorte de décalage ou glissement de ceux-ci. Afin de comparer et peut-être d'infirmer la deuxième hypothèse il aurait certainement été utile d'effectuer plusieurs sondages dans les zones de très faible densité de mobilier en surface qui se trouvaient toutefois dans des secteurs possédant une épaisseur sédimentaire certaine22. Là encore, le manque de temps disponible n'a pas permis d'effectuer de telles investigations.

Le deuxième regret est aussi lié à la rapidité des travaux de déforestation (et donc de destruction) qui a empêché la reconnaissance par la fouille de quelques autres secteurs. C'est en particulier le cas du point P.11 (fig. 4) où plusieurs indices récoltés après le passage des engins suggèrent la présence d'un petit site métallurgique de la période galloromaine.

Il apparaît tout aussi regrettable de n'avoir pu mener une série de sondages au nord de la Zone 1, dans une parcelle de taillis de feuillus immédiatement mitoyenne afin de vérifier la possibilité d'une conservation éventuelle de structures appartenant à l'occupation artenacienne23.

Enfin, il convient de mentionner le manque que représente la possibilité d'association de chercheurs "environnementalistes" dans le déroulement des panières recherches. Il est clair que les conditions d'intervention, marquées du sceau de l'urgence, ont réduit les possibilités de constituer une équipe aux compétences plus larges. Il est vrai aussi que cet élargissement de compétences est un phénomène récent loin d'être acquis régionalement au cours de la décennie des années 1980-1990. Sans entrer ici dans le détail de ce qu'il aurait été possible de faire, il nous paraît néanmoins utile, dans la perspective où des opérations similaires seraient (devraient ?) être menées, de mentionner quelques unes des pistes de recherches qui permettraient d'affiner l'analyse spatiale des données archéologiques obtenues. Au rang de celles-ci, nous en retiendrons surtout deux.

La première correspondrait à une approche géopédologique qui serait à la fois utile à la définition des phénomènes taphonomiques (dispersion des artefacts liés à l'érosion, formation des sols "archéologiques" ...) et à l'analyse du rapport entre site (géographique) et site archéologique.

La seconde piste serait celle d'une étude anthracologique apte à informer l'enquête sur les espèces végétales présentes dans les différents sites découverts, données particulièrement utiles ici pour retracer l'histoire de l'espace forestier étudié.

S'il n'a pas été possible de mettre en oeuvre le premier type d'approche, le second a pu être partiellement développé de manière récente autour des restes végétaux carbonisés prélevés au pied du four médiévale24. Bien sûr, il aurait été encore plus pertinent d'analyser des prélèvements provenant des charbonnières de la Zone 1 et du point P.11 (fig. 12), mais la destruction rapide de ces gisements lors de la phase de déforestation ne permettait pas d'en effectuer un échantillonnage correct. On soulignera toutefois, dès aujourd'hui, que les résultats obtenus sur le four (Petit, à paraître) confirment le bien fondé d'une telle démarche.

Le développement actuel des recherches dans la région autour de la forêt de Les Cars-Lastours intègre désormais ces approches, sur une échelle plus large.

 

UN BILAN ARCHÉOLOGIQUE: LE MYTHE DE LA FORET ANCESTRALE

Si la critique précédente a surtout mis en évidence certains des manques et difficultés d'une telle entreprise archéologique, il convient de souligner les apports significatifs qu'elle a cependant livré. Les premiers concernent la connaissance du peuplement de la zone étudiée, c'est à dire d'abord la partie orientale de l'espace forestier actuel que constitue la forêt de Lastours-Les Cars, puis, à une échelle plus large le territoire des deux communes de RilhacLastours et Les Cars. On peut également, dans un deuxième temps, évoquer l'apport d'une telle démarche à l'archéologie des zones forestières de la région.

L'apport premier des recherches engagées est d'abord quantitatif. En effet, il ne faut pas perdre de vue qu'aucun site n'avait été jusqu'ici repéré sur la zone étudiée, confirmant en cela une représentation de la répartition du peuplement fortement conditionnée par l'image donnée à la fois par la bibliographie archéologique et la répartition actuelle de l'habitat qui attribue généralement un degré faible d'occupation humaine à ces espaces boisés.

De manière globale les recherches ont révélé au moins quatre sites inédits : deux stations mésolithiques, un important habitat néolithique final et un site d'habitat médiéval. A cette série relativement bien individualisée on pourrait ajouter un fort indice concernant une seconde occupation artenacienne (Zone 4), un site artisanal antique et les restes d'occupations artisanales non datées (charbonnières et carrière). Soit près d'une dizaine de marqueurs d'occupation sur une durée de près de dix mille ans. En tant que tels, ces résultats permettent déjà de renouveler la perception du peuplement du territoire étudié. La poursuite de l'enquête, que nous évoquerons en conclusion, a permis, en élargissant l'emprise de celle-ci, de découvrir de nouveaux sites ou de redécouvrir des nouvelles collections d'objets préhistoriques susceptibles de compléter les données interprétables. Ainsi, les prospections à vue sur sols labourés réalisés à partir d'indices toponymiques à proximité du hameau de Gorsas (Conte et Perrin 1998 b) ont livré un matériel d'origine gallo-romaine suggérant l'existence d'un habitat auquel on pourrait associer le probable site métallurgique découvert en forêt (point P.11). De la même manière, les informations concernant la préhistoire récente ne donnent plus l'image d'une occupation sporadique et faible mais, au contraire, celle d'une structuration assez importante du territoire comprenant habitats mais aussi mégalithes, même si l'attribution chronologique fine de tous les gisements n'est pas encore assurée, faute de fouilles systématiques et récentes.

En tous cas, loin d'être un espace répulsif depuis des temps immémoriaux, la zone forestière actuelle semble, au même titre que des zones qui ont connu un peuplement continu (ou apparemment continu) avoir fait l'objet d'occupations humaines suffisamment denses et pérennes pour laisser des traces tangibles et ce malgré les travaux destructeurs qui les ont révélées.

 

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Fig. 27. -Plan tridimensionnel de la zone étudiée avec les principaux sites néolithiques.

 

En attestant de manière relativement précise certaines occupations préhistoriques ou historiques la recherche témoigne aussi de vides ou plutôt d'absences. On peut ici considérer que quatre périodes ne sont pas représentées : la préhistoire ancienne (Paléolithique, Epipaléolithique)25, le Néolithique ancien et moyen, les Ages des métaux, enfin le Haut Moyen Age. A ce stade de l'étude, alors que les recherches se poursuivent encore aujourd'hui, il convient de ne pas avancer d'éléments explicatifs à ce qui doit rester un constat. Trois remarques peuvent toutefois être faites :

- L'échelle de la zone dont il est question ici peut ne pas être représentative des modes d'occupations de certaines périodes (Paléolithique, Haut Moyen Age)26.

- Il existe une réelle difficulté à découvrir en Limousin des sites d'habitat protohistoriques, alors même que le territoire étudié s'inscrit dans une zone où les monuments funéraires sont fréquents et témoignent donc d'un peuplement certain à cette période (Harielle 1998).

- De la même façon, les témoins d'occupations du Haut Moyen Age restent également difficilement décelables par les méthodes classiques de l'archéologie de prospection (Ferdière 1998), alors que, paradoxalement, les études paléoenvironnementales commencent à livrer régionalement des indices d'une activité agricole importante au cours du haut moyen âge (Allée et alii 1997).

Ces précédentes remarques confirment ici la nécessité d'élargir l'emprise de la zone étudiée en intégrant des approches nouvelles et complémentaires.

Un autre apport des opérations menées sur cet espace est d'avoir livré plusieurs séries importantes d'objets archéologiques. Dans une région où les recherches restent encore rares, ces séries devraient contribuer à l'établissement d'un cadre chronoculturel plus précis, en particulier pour les périodes du Mésolithique et du Néolithique final pour lesquelles le corpus est ici le plus fourni.

L'image de la forêt que dessinent ces premières recherches est donc contrastée. Elles nous montrent d'abord la présence de groupes de "chasseurs-cueilleurs" dont l'occupation probablement non sédentaire s'accorde avec l'hypothèse d'une forêt déjà présente, bien que fort différente, dans son aspect, de l'actuel milieu boisé.

L'existence de deux sites artenaciens, dont l'un s'avère important, témoigne d'un habitat permanent organisé autour de modes de production déjà largement structurés autour de pratiques agricoles. Sa localisation, au cœur même de l'espace forestier actuel implique certainement un "éloignement", voire une disparition rapide du milieu forestier aux marges du finage agricole associé à l'habitat.

A la période gallo-romaine, seule la présence d'un site de type artisanal, à l'exclusion de tout autre de la même période est attestée par l'archéologie. La fonction métallurgique probable du site découvert en forêt nécessite un combustible que peut livrer la forêt : le bois mais aussi l'eau (ru de l'Homme mort). On peut donc penser ici que l'implantation de cette structure artisanale s'est effectuée en milieu boisé, à proximité, aux marges d'un habitat situé hors de l'emprise forestière actuelle, peut-être celui repéré à moins d'un kilomètre près du hameau actuel de Gorsas.

Ce dernier lieu restera un noyau d'habitat au moyen âge ; attesté dès 130027, il est probablement plus ancien et reprend peut-être le finage de l'habitat gallo-romain. Il y a donc tout lieu de penser que dans ce secteur le terroir de forêt reste tout aussi éloigné qu'à la période antique. L'archéologie, par la découverte au centre de l'espace boisé actuel d'un four domestique révèle en revanche la présence d'un autre pôle d'habitat médiéval inédit autour des XIIe-XIIIe siècles. Cet habitat apparaît ici bien éphémère ; contrairement aux hameaux qui existent encore aujourd'hui en périphérie du massif forestier et sont mentionnés dès le Moyen Age, cette implantation médiévale ne fixera pas un habitat pérenne. L'hypothèse d'un peuplement pionnier, associé à la reconquête agricole par le défrichement et la mise en culture de nouveaux terroirs paraît ici très vraisemblable. Elle trouve peut-être un début de confirmation grâce à des indices toponymiques plus récents qui apparaissent dans une série de reconnaissances au seigneur de Lastours et mentionnent, pour la fin du XVe siècle (1492), à au moins deux reprises, une silva sive foresta (du seigneur de Lastours) que le contexte situerait à l'emplacement de l'actuelle forêt28.

Si, dès la fin du Moyen Age, la forêt semble bien avoir reconquis le territoire objet de cette étude, il ne faudrait cependant pas croire qu'elle est pour autant déserte. Même si certains vestiges restent encore non datés, carrières, charbonnières et d'autres activités artisanales, comme par exemple les feuillardiers, dont l'habitat temporaire en matériaux végétaux (fig. 25) échappera de toutes façons à l'archéologie, vivent dans et par la forêt.

La poursuite de l'enquête devrait permettre de mettre en évidence, également, les divers aspects de la présence de l'homme dans la forêt après le Moyen Age29. Déjà, l'observation des documents cartographiques livre quelques repères qui mériteront d'être confirmés. La carte dite de Fayen (fig. 28) figure, entre Lastours (La Tours) et Les Cars, un espace forestier important, presque au même titre que ceux de Brigeuil ou de Fayat et ce pour la fin du XVI` siècle (1594). C'est encore le cas vers le milieu du XVIII` siècle, au moment de la réalisation de la carte dite de Cassini. En revanche, un autre document, légèrement plus ancien (du début du XVIII` siècle30 ne représente plus aucune forêt entre les deux chefs-lieux de paroisse. Doit-on ici considérer qu'il s'agit d'un problème de représentation cartographique ou d'une indication réelle d'un recul de la forêt à la fin du XVIIe siècle et tout début du XVIIIe siècle ?

 

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Fig. 28. - Extrait de la carte "Fayen " du secteur Rilhac-Lastours - Les Cars (1594).

 

On le voit, la présence de la forêt et par là même notre perception des paysages anciens restent encore bien incertaines, malgré des données de plus en plus nombreuses et de mieux en mieux renseignées. Nul doute que les recherches en cours, pour peu qu'elles intègrent des approches différentes et complémentaires, permettront de préciser les traits majeurs de l'évolution de la forêt en nous renseignant également sur le peuplement de ce territoire.

Déjà, les premiers acquis sont tangibles : les découvertes de plusieurs sites d'époques différentes sont autant d'indices de peuplement ; désormais aussi, la vision souvent bien ancrée de vastes étendues forestières immuables et ancestrales doit être largement dépassée.

Si toutes les périodes ne sont pas aussi bien renseignées, il n'en reste pas moins que l'archéologie commence ici à révéler des moments de raréfaction de l'espace forestier, voire peut être de disparition totale, au moins sur l'espace étudié, mais aussi des reprises, des reconquêtes de territoire par la sylve. En même temps, on perçoit des variations notables dans la définition du couvert forestier : forêt "ouverte", probablement pâturée sur ses franges par les troupeaux ou fréquentée par de nombreuses catégories d'utilisateurs ou encore, au contraire, vaste désert en limite de plusieurs communautés rurales ou seigneuriales. La forêt s'apparente bien, ici, à une entité vivante ; son expansion ou, au contraire le rétrécissement de son emprise ne témoignant, finalement, que du rôle que lui ont donné les hommes à des moments historiques différents.

Enfin, on ne saurait conclure cette première présentation de l'étude en cours sans insister sur un point qui touche de près, croyons-nous, l'avenir des recherches archéologiques dans les régions rurales comme le Limousin. En effet, la modification de plus en plus radicale du couvert végétal qui se traduit par exemple par l'augmentation des surfaces plantées en résineux, alors qu'en même temps les parcelles labourées se raréfient a de fortes implications pour l'étude et la conservation des sites archéologiques. Ainsi, les sites présents dans les très vastes surfaces consacrées à la plantation de résineux, a priori nombreux et souvent inédits comme l'illustre la présente recherche, ne bénéficient pas d'une réglementation permettant au service d'Etat31 compétent d'assurer une bonne gestion du patrimoine archéologique dans de telles zones et d'engager, par exemple des mesures de protection adaptées ou des interventions d'archéologie "préventive" ou de sauvetage à grande échelle.

A terme, on peut ici malheureusement considérer que "l'effacement" radical de nombreux sites de peuplement, d'indices précieux de l'histoire de la forêt et des hommes qui l'ont façonnée proviendra, paradoxalement, du développement d'un nouveau mode de gestion des espaces forestiers et des paysages.

La sauvegarde des ultimes vestiges archéologiques encore présents, pour quelques temps seulement, dans le sol des forêts relève donc bien ici de la responsabilité de chacun...

 

 

Patrice CONTE

Service Régional de l'Archéologie

6, rue Haute de la Comédie

87036 Limoges Cedex

et

Archéa

26, rue de Nexon

87000 Limoges

 

Jean-Claude GRANY

Archéa

26, rue de Nexon 87000 Limoges

 

Thomas PERRIN

A.T.E.R. Collège de France

Centre d'Anthropologie

39, allèes Jules Guesde

31000 Toulouse

et

Archéa

5bis, rue Neuve Saint-Etienne

87000 Limoges

 

 

 


 

 

Notes

 

1. Certains mots ou expressions sont définis dans le lexique situé à la fin de l'article.

2. Fouilles dont l'intérêt, d'ailleurs, aurait été tout relatif vu le degré de destruction probable des vestiges par les travaux mécaniques de déforestages.

3. Les ramassages et les sondages permettant de valider une origine anthropique pour certaines anomalies (tertre, amas rocheux).

4. En langue française, le premier ouvrage édité sur les techniques et méthodes de l'archéologie de prospection ne devait paraître qu'en 1986 (Ferdière et Zadora-Rio dir. 1982). On trouvera en bibliographie les articles antérieurs à cette date qui furent utilisés dans le cadre de la présente opération. L'analyse des procédures utilisées dans le cadre de l'opération " forêt de Lastours - forêt des Cars " permettra d'ailleurs d'évaluer les choix retenus (voir § Bilan).

5. Des fiches d'enregistrement furent élaborées à cette occasion. Pour chaque unité de ramassage, elles synthétisent, par un schéma, l'état de l'unité de collecte : carré de 100 mz (100 % de ramassage), carré incomplet (présence d'andin ou du substratum rocheux réduisant la surface prospectée : exprimée en %), les pendages des sols. Elles portent également mention des conditions climatiques spécifiques à la prospection (" biais " de la prospection) : sols secs ou mouillé, éclairage (soleil, ciel couvert...), la densité de la petite végétation au sol...

6. "Point 11" (fig. 4) : l'assemblage formé par quelques tessons antiques, des scories et un épandage de cendres et de terre rubéfiée découverts au même endroit, bien que non structuré, peut être identifié comme les restes probables d'un four métallurgique.

7. Le détail de chaque opération a fait l'objet d'un compte-rendu détaillé (Grany 1983/84, 1984).

8. Sous la forme d'une fouille de sauvetage programmé (Conte 1988/89, 1991).

9. Confirmant par là-même l'action fortement destructrice des engins de défrichement.

10. Étude de F. Petit : cf. chapitre "Bilan", note 24.

11. On peut penser que la conservation quasiment miraculeuse des niveaux archéologiques aux abords du four est directement liée à la présence de ce dernier sous forme d'un tertre qui a certainement modéré l'action destructrice des engins qui ont dû se contenter de raboter les parties supérieures du tertre (remblai d'effondrement du laboratoire du four ?) protégeant ainsi l'infrastructure de l'édifice et son environnement le plus proche. La proximité d'un andin a certainement aussi contribué à protéger les traces archéologiques présentes dans le secteur.

12. Gif 8246: 840 t 50 B. P.

Date calibrée : point-moyen : 1215 ; segments (à 1 a) : 1160-1175, 1187-1262 ; segments (à 2 8) : 1042-1091, 1118-1140, 1150-1284.

La calibration de la date carbone 14 selon la méthode des "probabilités" indique de plus, que à 1 8, on obtient une probabilité de 0,81 pour le segment 1185-1263 et, à 2 8, une probabilité de 0,84 pour le segment 1150-1284.

13. Cadastre de Rilhac-Lastours : Archives Départementales de la Haute-Vienne, 3P-134. Voir Rémy 1991.

14. Essart : "terre nouvellement défrichée" (Villoutreix 1988), mais le même auteur rappelle que dans le cas des lieux-dits cadastraux, ce qui est ici le cas, ce terme peut être une formation moderne et signifier : "bois taillis, même s'il n'est pas destiné a être essarté ".

15. Cette forme tumulaire étant d'ailleurs accentuée par l'accumulation créée à cet endroit par les engins de déforestation.

16. On remarquera, par exemple, que le territoire étudié se situe exactement entre deux monuments qui ont du nécessiter un approvisionnement important en pierres à la fin du Moyen Age et au début de l'Epoque Moderne : les châteaux des Cars et de Lastours.

17. Carrière dite "des frères Roussin".

18. La problématique originelle, centrée sur l'espace forestier actuel, son origine et l'évolution des formes de l'occupation humaine qu'elle a connues s'est d'ailleurs notoirement modifiée, à la fois au cours des premières recherches de terrain (1983-1989) et depuis lors. Cette évolution de la problématique de recherche repose d'ailleurs en premier lieu sur la lecture des résultats des premiers travaux de terrain qui sont exposés ici-même ; on en présentera les grandes lignes en conclusion de cet article.

19. Voir par exemple: Hesse 1981 ; " La prospection archéologique... " 1986 (discussions) ; Schofield (ed.) 1991 ; en damier lieu : Dabas et alii 1998.

20. Avec par exemple une répartition des carrés retenus sur le mode du quinconce (ou de l'échiquier).

21. Ce qui est malheureusement encore vrai pour la région Limousin aujourd'hui.

22. En effet, certaines zones de faible effectif correspondent à des secteurs où le substrat affleure, où il est donc normal de constater des densités peu importantes, voire nulles.

23. Cette impossibilité étant liée au refus d'un propriétaire, on peut ici considérer qu'elle ne devrait pas être définitive et espérer mener ces investigations dans un avenir que l'on souhaite proche.

24. Recherches en cours: Florence Petit, UPRES A-CNRS 6042, Clermont-Ferrand et Laboratoire de Géographie Physique de l'Université de Limoges : « Rapport d'analyses anthracologiques sur deux sites médiévaux de la commune de Rilhac-Lastours : le four de la forêt et la motte Sainte-Marguerite » (Petit, à paraître).

25. Sinon par un indice déjà évoqué dans le chapitre " Bilan des occupations mésolithiques ".

26. D'où, entre autres raisons, l'extension des recherches à l'échelle de plusieurs communes.

27. Manses des "Gorsis de Rialhiaco", Archives départementales de la Haute-Vienne; 7F-75. Cité dans: Rémy 1990.

28. Terrier de la baronnie de Lastours (1480-1501), Archives Départementales de la Dordogne, fonds Saint-Astier, 2 E.334/98. (Edition partielle en cours par C.Rémy). II est à noter, concernant les différentes mentions du couvert végétal, que cette source distingue nettement : les bois, vergers, bois-châtaignes et la forêt. Dans le dernier cas, cette distinction témoigne certainement d'une vaste étendue forestière (de haute futaie ?).

29. En Zone 1, les tessons de céramique grise recueillis évoquent les productions de l'extrême fin du Moyen Age et du début de la période Moderne (XVI-XVII° siècle) par comparaison avec des formes étudiées sur le site du proche château de Lastours (Conte 1993). La proximité de ces céramiques avec les charbonnières est peut-être un indice de leur chronologie.

30. Carte de l'archiprétré du Limousin (début XVIII°), Paris, Archives Nationales.

31. Service Régional de l'archéologie, Direction Régionale des Affaires Culturelles du Ministère de la Culture. Les grands travaux linéaires (autoroutes, chemin de fer...) ou les travaux urbains s'inscrivent dans plusieurs séries de procédures (permis de construire, autorisation de travaux...) permettant une intervention archéologique en amont des travaux d'aménagements. La récente loi dite "d'archéologie préventive" (Janvier 2001) ne comporte aucun progrès sur cet aspect d'une archéologie elle aussi "préventive", puisque les travaux d'aménagement se traduisent par la destruction de sites archéologiques sans qu'aucune étude préalable ne puisse, sauf rare exception, être menée. On notera que ce problème, particulier aux zones rurales prend, depuis la tempête de décembre 1999, une importance encore plus grande car les travaux de remise en "état" des parcelles touchées risqueront une nouvelle (et dernière ?) fois de faire disparaître complètement les traces d'activités humaines passées qu'elles pouvaient encore contenir.

 

 


 

REMERCIEMENTS


L'ensemble des opérations de terrain, réalisé entre mai 1983 et juin 1989, n'aurait pu être mené sans la participation de nombreux membres de l'association ArchéA (Limoges, Les Cars) et celle, ponctuelle, de plusieurs membres de l'association Les Amis de Lastours (Rilhac-Lastours).

Outre les signataires, Jean-Pierre Château et Christian Vallet, membres d'ArchéA , ont assuré une partie non négligeable des recherches de terrain. Christian Rémy, d ArchéA nous a, par ailleurs, permis de consulter la préédition du Terrier de Lastours qu'il mène actuellement.

L'ensemble des opérations a été soutenu financièrement par le ministère de la Culture et de la Communication (Direction régionale des Affaires Culturelles: Direction des Antiquités Préhistoriques puis Service régional de l'Archéologie du Limousin).

Dominique Vuaillat et Denis Tardiveau (†), de la Direction des Antiquités Préhistoriques, ont également apporté leur soutien mais aussi leur concours aux travaux de terrain (sondages).

L'étude des collections archéologiques des communes des Cars et de Rilhac-Lastours a été facilitée par les personnes suivantes, prospecteurs ou possesseurs de collections

M. Audvard (Bussière-Galant), Met Mme. Pichaud (Les Cars), M. Richardeau (Brumas) et M.Silvy (Flavignac). L'intervention rapide, malgré les travaux en cours, n'aurait pu être possible sans l'autorisation de M. Fouilloux, fondé de pouvoir des Mutuelles Unies, alors propriétaires des terrains.

Le long travail "post-terrain " a pu être réalisé dans de bonnes conditions grâce à la possibilité offerte par la Municipalité Des Cars de la mise à disposition d'un local d'étude, aujourd'hui "Maison du Patrimoine".

Les recherches ont fait l'objet d'une présentation dans le cadre de l'exposition "Autour du château des Cars" (1995), réalisée par l'association ArchéA, également présentée aux Cars ; ainsi que dans le CD-Rom "Le château des Cars, Résidence de grands serviteurs de l'Etat" (1997), coédité par : Ultime, La commune des Cars et ArchéA.

 

 


 

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LEXIQUE

Armature microlithique : pointe de flèche en silex de petite taille pouvant être perçante ou tranchante. Lorsque ces armatures sont de très petites tailles (longueur inférieure à environ 10 mm), on parle alors d'hyper-microlithisme.

Artenacien : culture du Néolithique final qui se développe entre environ 3200 et 2400 av. J.-C. dans tout le Centre-Ouest de la France. Campaniforme : culture de l'extrême fin du Néolithique (vers 2500-1900 av. J.-C.) qui recouvre, à la fin du troisième millénaire, la majeure partie de l'Europe occidentale.

Culture : au sens archéologique du terme, "assemblage de productions matérielles en des lieux et des temps donnés, sans préjuger de la situation réelle du peuplement humain porteur de ces cultures, ni des caractéristiques socio-religieuses des sociétés humaines qui ont produit ces matériaux" (Voruz 1995, 14).

Epandage : ensemble de mobilier répartit de façon aléatoire dans un ensemble sédimentaire et pouvant refléter un état originel du site ou être lié à des perturbations naturelles ayant eu lieu après l'abandon du site (on parle alors de phénomènes "taphonomiques").

Mésolithique : période chronologique entre environ 10000 et 5500 av. J. C. faisant suite aux grandes glaciations. Le climat, bien qu'oscillant encore entre des périodes froides et des périodes chaudes, se réchauffe globalement, et permet l'apparition d'un important couvert forestier. L'homme (Homo sapiens sapiens) vit principalement de chasse et de collecte ; on qualifie alors ces populations de "chasseurs-cueilleurs" ou de "chasseurs-collecteurs". Cette période est, grosso modo, divisée en deux phases principales selon la forme des armatures ; lorsqu'elles sont perçantes triangulaires, on parle de Mésolithique ancien, et quand elles deviennent majoritairement trapézoïdales, on parle de Mésolithique récent, la transition entre ces deux périodes se situant vers le septième millénaire avant notre ère.

Néolithique : période chronologique entre environ 5500 et 1900 av. J.-C. L'homme (Homo sapiens sapiens), jusque là chasseur ou chasseur-collecteur devient réellement producteur grâce à l'apparition et au développement de l'agriculture et de l'élevage. Cette période voit aussi l'apparition de la céramique et des outils en roches dures polis, le développement de la sédentarité et le regroupement des hommes en villages ainsi que l'apparition de monuments mégalithiques à vocation funéraire. Cette période correspond aussi à un "optimum climatique" (phase chaude et humide, dite "atlantique"). On divise généralement cette période en trois phases : ancienne, moyenne et récente (ou finale), sur la base principalement de l'évolution stylistique des décors céramiques.

Pointe de flèche : partie perforante de la flèche constituée pour l'essentiel d'un petit élément de silex ou d'os. Cette pointe peut-être perçante si son extrémité distale est en forme de triangle ; mais elle peut aussi être tranchante (forme trapézoïdale). Si les pointes perçantes permettent une meilleure pénétration dans l'animal, et donc une plus grande chance d'atteindre aux organes vitaux, les pointes tranchantes, moins pénétrantes, ont l'avantage de provoquer plus facilement des hémorragies importantes. L'évolution morphologique des ces pièces est en partie à la base des périodisations de la préhistoire récente. Sauveterrien : culture du Mésolithique qui se développe essentiellement dans la partie sud de l'Europe occidentale.

Taphonomie : cf. épandage.

US : abréviation d'Unité Stratigraphique, notion qui renvoie à la plus petite division possible, sur le terrain, et qui peut faire référence tant à une couche archéologique, qu'à un creusement ou à une construction.